Breton – ‘War Room Stories’

Album / Believe Recordings / 03.02.2014
Electro pop peu téméraire

Si Breton a tant fait parler de lui au moment de sortir son premier album ‘Other People’s Problems‘, c’est surtout parce qu’il a brillamment su préparer le terrain et se mettre en scène. Un background autre que musical, une attitude originale portée par un soin tout particulier apporté à son image, comme quelques maxis efficaces n’auront fait qu’épaissir le vernis autour d’un premier opus forcément attendu à l’époque. Avec le recul, force est d’avouer que le disque – sans pour autant n’être qu’un feu de paille – n’a pas vraiment passé l’épreuve du temps, et que les concerts donnés par le groupe n’ont pas non plus convaincu d’offrir une seconde chance à son mélange des genres, comme à ses timides expérimentations.

Avec ‘War Room Stories’, les anglais avaient donc tout intérêt à s’affirmer un peu plus. En se faisant virer de leur squat londonien historique et en allant enregistrer dans une banlieue berlinoise miteuse, ils avaient tout pour se sortir de leur petit confort et se remettre en question. Fidèle à son line up classique agrémenté d’électronique, Breton lance pourtant les hostilités dans la veine exacte de ‘Other People’s Problem’ avec ‘Envy’, un premier titre qui tente de marcher sur les plates bandes de Foals sans jamais y parvenir: un constat malheureusement récurrent (‘Brothers’), qui devra inciter l’auditeur pressé à s’enfoncer un peu plus dans ce nouvel album laissant peu à peu apparaître une identité plus électronique et plus complexe.

Car ‘War Room Stories’ impose de passer par une majorité de compositions totalement prévisibles (‘Legs & Arms’, ‘National Grid’, ‘302 Watchtowers’) quand elles ne sont pas sans intérêt (‘Closed Category’, ‘Fifteen Minutes’), pour qu’on finisse enfin par dénicher les timides avancées d’un registre difficilement malléable. Celles-ci, on ne fait d’ailleurs que les deviner à l’écoute des quelques subtilités de ‘S4’, ou dans les velléités dancefloor de ‘Got Well Soon’ et ‘Search Party’, alors qu’on aurait franchement préféré que tout nous pète à la tronche. Certes, la musique de Breton – définitivement trop gentil et trop poli sur disque – est difficilement dissociable des visuels qui l’accompagnent. Sauf que pour espérer marquer les esprits de ceux qui ne font que l’écouter, il va devoir se décider sérieusement à se montrer plus couillu. En attendant, on s’emmerde sévère.

‘S4’, ‘Got Well Soon’

À lire ou écouter également:

,

4 réponses à Breton – ‘War Room Stories’

  1. CJ 3 février 2014 à 16 h 37 min #

    bien d’accord …

  2. BM 7 février 2014 à 16 h 02 min #

    Pas d’ac du tout. Je me suis certes fait chier à la première écoute parce que le son me paraissait trop lisse, un peu moins à la deuxième et plus du tout à partir de la 3ème. Cet album n’est pas aussi simple que décrit, il est rempli d’anecdotes sonores, d’entourloupes mélodiques et orchestrales, qui plus est, le traitement du chant fait de Breton un groupe absolument indispensable, unique et bien supérieur à la moyenne actuelle. En cela, ils me ramènent aux XTC délicats qui ont suivi les « Making Plans » et « Generals and Majors » ou ces Talking Heads post « Remain in Light », finalement pas évidents d’accès malgré une façade classique voire mièvre, mais si savoureux et tortueux (torturés ?) sur la longueur. A la lecture de cette chronique, je me demande si la tendance du zapping musical ne fait pas passer les chroniqueurs pour des touristes qui ont perdu la chose la plus essentielle en musique : la patience. Malgré cela, il va sans dire que je vous aime quand même chers cosMownotes !

  3. CJ 7 février 2014 à 16 h 23 min #

    Pour ma part, ce n’est pas un problème de zapping, je l’ai vu à la Route de Rock et déjà je n’avais pas accroché. C’est surtout une question de style car je préfère largement les reprises des Burning Heads et Nouvelle Vague de « Making Plans » à la version originale (désolé !!).
    En tout cas, la réponse est fort joliment écrite et tant mieux si tu y vois des moments savoureux à coté desquels je serais passés. Have fun !

  4. thuthurjf 8 février 2014 à 16 h 40 min #

    j’ai été très argéablement surpris par cet album dans la lignée d’interference. On a plus ce coté tant aimé chez breton un peu corné et DIY là on a un album pop orchestral soigné et superbement masterisé … à vrai dire je m’attentais à bcp moins bien avec GWS et Envy qui étaient sortis, puis 302 en concert je me suis dit  » ça va être un lp batard et aucune chanson ne saura rappeler la précédente  » et en définitive l’album passe trop vite, les deux morceaux bonus ne suffisent pas d’ailleurs …

Laisser un commentaire