Interpol – ‘El Pintor’

Album / Matador / 08.09.2014
Rock

Deux premiers albums irréprochables qui ont contribué à sonner le revival post punk des années 2000, puis Interpol n’a pu dissimuler plus longtemps son essoufflement, évident à entendre ‘Our Love To Admire’ (2007) et ‘Interpol’ (2010) briller seulement par à-coups. En pente douce, le combo – devenu un des plus emblématiques de la scène rock new yorkaise – ne pouvait pas s’en contenter, et dû réagir en conséquence, en prononçant un hiatus indéterminé pendant lequel Carlos Dengler (basse) s’en est allé, laissant chacun des autres membres vaquer à leurs projets personnels.

Il ne leur aura pas fallu longtemps pour se ressourcer: trois ans plus tard, désormais trio, le groupe est de retour avec un cinquième opus qui, manifestement, ne paye pas le prix de son line up resserré. Paul Banks s’est ainsi gentiment glissé derrière la basse avec un jeu évidemment différent de celui de Dengler, offrant au passage une caractéristique à ce nouvel album qui répond totalement à la définition du son Interpol, toujours aussi reconnaissable étant donné le très discret affinage qui le frappe depuis maintenant quinze ans. C’est donc sans surprise que ‘El Pintor’ reste fidèle à la légendaire et sombre élégance du groupe, comme à la dualité qui a toujours fait sa marque de fabrique: celle des guitares lumineuses de Daniel Kessler particulièrement expressives en introduction des morceaux (‘Same Town, New Story’), opposées à la voix de tête d’un Paul Banks encore plus complet et talentueux que par le passé (‘My Blue Supreme’).

La formule a beau se répéter, la forte homogénéité de ce disque écarte illico la comparaison avec les deux précédents, pour mieux voir les new yorkais aller se frotter à leur période la plus inspirée: leurs débuts (‘Anywhere’, ‘Breaker 1’). Et pour cause, comme s’il avait retenu les leçons, Interpol est ici incontestablement habité d’une envie nouvelle, d’un plaisir retrouvé (‘Ancient Ways’), qu’il ne peut d’ailleurs retenir plus longtemps que sur l’introductif et tubesque ‘All The Rage Back Home’, idéal pour lancer un chapitre dont les compositions parfois plus travaillées témoignent que le temps a aussi fait son oeuvre (‘My Blue Supreme’, ‘Tidal Wave’). Attendu au tournant, le noyau dur du groupe se devait de refaire ses preuves. Si ‘El Pintor’ ne souligne aucune évolution tant il reste un album prévisible, Interpol parvient pourtant sans mal à retrouver tout l’éclat qui était le sien il y a dix ans. Et pour la majorité de ses fans, c’est déjà énorme.

‘All The Rage Back Home’, ‘Anywhere’, ‘My Blue Supreme’, ‘Ancient Ways’

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