King Gizzard & The Lizard Wizard – ‘Nonagon Infinity’

Album / Heavenly / 29.04.2016
Rock psychédélique

Continuant sur leur rythme effréné d’un disque tous les six mois depuis leurs débuts il y cinq ans, les Australiens de King Gizzard & The Lizard Wizard livrent leur huitième album construit sur le concept de répétition infinie. Chaque morceau s’enchaîne sur le suivant, avec des thèmes récurrents et déclinés, dans un dédale de riffs garage en ruban de Möbius, dont la fin ramène au début.

Régulièrement chez King Gizzard, on retrouve en filigrane l’idée de contrainte libératoire : le jazzy ‘Quarters‘ et ses quatre morceaux de 10 minutes 10, ‘Eyes Like The Sky’ et son spoken word, ou encore les ballades hippies acoustiques sous acide de ‘Paper Maché Dream Balloon‘ dont tous les thèmes étaient repris à la flûte au sein d’un medley final. Cette fois, c’est l’aboutissement d’un concept envisagé sur ‘I’m in Your Mind Fuzz‘ (2014), avec lequel ce nouveau disque à un étroit lien de parenté. Fort de nombreux concerts, le groupe a développé cette idée, et operé une sélection par le live, affinant les différentes parties concert après concert, avant de les enregistrer à chaud au Daptone Studios de Brooklyn.

Le premier titre, ‘Robot Stop’, nous propulse donc directement dans le vif du sujet, avec un enchaînement de riffs abrasifs sur une rythmique soutenue. Les deux batteries et trois guitares – dans le rouge – déploient d’entrée de jeu une énergie galvanisante, à la limite de l’hystérie, tout en restant précise et maîtrisée. Chaque début de morceau se réfère à un passage des précédents, puis développe son propre univers avec une aisance et une fluidité déconcertante, nous entraînant dans un tourbillon de motifs rythmiques et mélodiques.

Usant de tonalités souvent simples, King Gizzard réussit la prouesse d’imposer le même tempo sur les trois-quart du disque, sans jamais être ennuyeux. Chaque chanson fait écho aux autres, distordant le temps. Les rares moments ou la machine ralentit, comme sur ‘Mr.Beat’ ou ‘Wah Wah’, permettent de souffler pour mieux reprendre la course. Renouant avec les origines garage/punk du groupe, le dernier morceau (‘Road Train’) rappelle l’ostinato dépouillé des premiers Metallica ou Motorhead. Ce super-truck lancé a pleine vitesse traverse l’outback australien, détruisant tout ce qui pourrait se mettre sur son passage.

Entre musique de film d’horreur de seconde zone, rock psychédélique, heavy metal, et une bonne dose de pop, le groupe semble avoir trouvé ici son équilibre le plus solide depuis ses débuts. Déclinant à l’infini les idées autour d’une cavalcade millimétrée et savamment construite, King Gizzard & The Lizzard Wizzard nous propulse dans un labyrinthe aux ramifications complexes dans lequel il fait bon se perdre.

‘Robot Stop’, ‘Gamma Knife’, ‘Evil Death Rool’

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