On a regardé Beastie Boys Story, entre réjouissance et gêne.

On a regardé Beastie Boys Story, entre réjouissance et gêne.

Icônes de toute une jeunesse incapable de faire un choix entre hip hop et rock, les Beastie Boys ont, au fil des années 80 et 90, accompagné nombre d’entre nous vers la vie adulte. En chemin, ces trois branleurs new yorkais ont longtemps ambiancé nos jours comme nos nuits, influencé notre façon d’être, d’agir aussi parfois, toujours assez profondément pour s’offrir l’intemporalité. Adam Yauch, Adam Horowitz et Michael Diamond ont ainsi porté à bout de bras toute une génération fascinée par leur état d’esprit nouveau, leur attitude nouvelle, quelque part entre l’insouciance et l’arrogance. A eux trois, les Beastie Boys ont incarné toute la coolitude du 20ème siècle.

Sévèrement amputé depuis 2012 et le décès d’Adam Yauch, le groupe n’est plus. Il faut se rendre à l’évidence. Dès lors, le moindre bouquin, le moindre documentaire vient éponger la nostalgie débordante des fans espérant en apprendre toujours un peu plus sur ce qui représente finalement une partie de leur propre vie, et non des moindres. Quelques mois après la sortie d’un livre dont seuls les parfaits anglophones ont pu parfaitement se délecter, et avec la collaboration de Spike Jonze, Beastie Boys Story vient ainsi retracer dans un savant mélange de fierté, d’humilité, d’humour, et d’autodérision l’adolescence de Mike D, Ad-Rock et MCA. La vôtre aussi donc, par la même occasion.

Bien rodées, bien orchestrées jusque dans leurs ‘accidents’, spontanées bien qu’à l’écriture appliquée, parfois surjouées dans leurs moments d’émotion, ces deux heures ‘à l’américaine’ soufflent le chaud et le froid tant elles révèlent ou rappellent à notre bon souvenir des éléments prépondérants dans la carrière des Beastie Boys, autant qu’elles donnent la ferme impression que les deux ‘survivants’ s’accrochent aux dernières branches pour que jamais la flamme ne s’éteigne.

Passé ce constat aux contours quelque peu pathétiques, ce documentaire reste riche en enseignements, au premier rang desquels la place cruciale que MCA a toujours occupé au sein du groupe. Coincé entre un branleur qui en avait l’air, et un autre qui feignait de ne jamais l’être, Adam Yauch avait beau souffrir d’un déficit de charisme, il n’en restait pas moins le cerveau des Beastie Boys. Chef d’orchestre, maitre à penser, initiateur, chantre du Do It Yourself, le bonhomme voit ce film lui rendre son génie en le faisant rayonner jusqu’à lui octroyer justement les grands traits de l’identité du groupe, notamment sa grande ouverture musicale au travers des années.

Le reste vient nourrir la biographie type mais n’est pas sans anecdotes et humbles révélations. Ainsi Mike D et Ad Rock reconnaissent ici la forte influence de Run DMC, de Rick Rubin et de Russell Simmons sur leurs débuts; avouent que leur attitude a longtemps servi à dissimuler leur manque de talent; et reviennent sur les circonstances de la naissance de certains de leurs titres phares (Cooky Puss, Fight For Your Right, Sabotage, Song For The Man…). Avec beaucoup de recul, les deux racontent également leurs premières tournées, l’évolution de leurs techniques de production, analysent objectivement les hauts et les bas traversés par le groupe : des succès de Licensed to Ill à Ill Communication, en passant par leurs années de débauche californiennes, l’échec de Paul’s Boutique et leurs remises en question.

En portant un regard attendri sur leurs jeunes années, comme n’importe quel adulte prendrait plaisir à se remémorer ses conneries d’adolescent, Horowitz et Diamond passent néanmoins trop rapidement sur l’après Hello Nasty, comme si cette seconde moitié de parcours, empreinte de plus de sagesse et de maturité, se révélait finalement – si ce n’est moins intéressante – bien moins taillée pour l’entertainment. Au final, Beastie Boys Story promet donc une agréable plongée dans le passé, même s’il ne parvient jamais vraiment à gommer cette gêne de voir ces deux icônes raconter leur propre histoire tout en étant à jamais dépourvu de l’essentiel : leur musique.

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