Yves Tumor – ‘Praise a Lord Who Chews…’

Yves Tumor – ‘Praise a Lord Who Chews…’

Album / Warp / 17.03.2023
Art rock expérimental

Fils caché de Willis Earl Beal et The Weeknd, Yves Tumor fait partie de cette catégorie d’artistes polymorphes qui échappent à toutes les étiquettes. Son cinquième album, Praise a Lord Who Chews but Which Does Not Consume; (Or Simply, Hot Between Worlds) (on ne l’écrira pas deux fois), continue de brouiller les pistes en déconstruisant avec méthode et efficacité tous les registres pop. Jusqu’à en faire un des albums les plus remarquables de ce début d’année.
Artiste serpent ondoyant entre les disciplines, les styles et les genres, les lieux (originaire de Miami, il vit actuellement en Italie), le pluriel et le singulier (on peut l’appeler Him ou They, au choix), Yves Tumor (de son vrai nom Sean Bowie) a construit en cinq albums une esthétique aussi kitsch que malaisante, mais surtout un purgatoire sonore, miroir de notre époque anxiogène. Qu’il insiste sur les guitares ou les machines, que ses rythmiques lorgnent vers un trip-hop chaloupé ou un rock très binaire, le son de l’américain, aux mélodies toujours soignées, reste savamment sombre et déstabilisant.

C’est peu dire que sa fan base attendait cette nouvelle livraison : le précédent album, Heaven To A Tortured Mind, proche de la perfection, marquait un tournant dans son travail jusqu’alors basé sur l’électronique : les guitares prenaient une place plus importantes et apportaient une matière et une atmosphère plus denses à l’ensemble. Praise A Lord… continue dans cette veine, et l’artiste revendique s’être autorisé à visiter tous les styles, avec l’outrance qui est la sienne. Ce qui donne, malgré le souffle qui unit tous ces titres, un effet fourre-tout, avouons-le, lors des premières écoutes, et une inévitable propension à approuver certains titres plutôt que d’autres. 

Si ceux qui ont adhéré aux expérimentations des précédents disques trouveront des repères plus familiers dans la seconde partie de l’album, chacun devrait pourtant trouver son bonheur au cœur des ces ténèbres. Des très électro-pop sophistiqués et glaçants God Is A Circle et In Spite Of War, à l’(h)émo-(globine) délirant de Meteora Blues, de la pop romantique de Lovely Sewer, (l’intensité des voix, les ruptures marquées des claviers) aux envies de dancefloor infernal d’Operator, ou le trip hop de Fear Evil Like Fire, chaque titre est une expérience fiévreuse soigneusement investie par son auteur. 

En effet, le final est magnifié par Purified By The Fire puis Ebony Eyes. Le premier est une merveille de syncopes, de silences, et de distorsions aussi profondes qu’irrespirables, le second un hymne de stade porté par une boucle addictive et un chorus autoritaire. Avec son cinquième album, Yves Tumor a définitivement quitté son statut d’outsider inspiré pour celui de touche à tout remarquable. Son oeuvre au noir transforme désormais le mercure en or.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
God Is A Circle, Lovely Sewer, Operator, Purified By The Fire


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