Weyes Blood – ‘And In The Darkness, Hearts Aglow’

Weyes Blood – ‘And In The Darkness, Hearts Aglow’

Album / Sub Pop / 18.11.2022
Art pop

Nathalie Mering est une jeune femme moderne, romantique et inquiète, parfaitement dans son époque, qui construit avec patience et détermination le personnage de Weyes Blood. Mais elle est avant tout une artiste audacieuse qui a réussi à imposer sa pop improbable, rétro et sophistiquée, jusqu’à faire de son cinquième album And In The Darkness, Hearts Aglow, une production très attendue de l’automne.

La patience et la conviction sont les principaux atouts de Weyes Blood. En publiant de bons disques durant dix ans, tous truffés de quelques perles subtiles, elle est devenue une icône pop reconnue, parvenant à faire graviter autour d’elle la critique indé comme un public toujours plus vaste, fasciné par ses chansons flirtant en permanence avec une certaine variété de plateau télé des années 70, à grand renfort de fins de phrases appuyées, renforcées par des choeurs échevelés, des claquements de doigts, et des arrangements de cordes sublimes et aériens.

Ça pourrait être pathétique, mais quand d’autres sombreraient dans le too much kitsch, elle sait éviter les écueils par un grand sens de la justesse et de l’équilibre. Ce nouvel album explore une nouvelle fois cette veine : on y trouve encore quelques perles de cette pop symphonique tant attendue, même si cette fois le discours très sombre et désabusé (And In The Darkness, Hearts Aglow est le second volet d’une trilogie commencée avec Titanic Rising sur l’aliénation contemporaine et l’atomisation des comportements) empèse parfois des mélodies moins audacieuses.

It’s Not Just Me, It’s Everybody, puis Grapevine – les deux premiers singles dévoilés – ont d’abord confirmé ce qu’on attendait de Weyes Blood : cette voix très juste, des mélodies pleines de cordes et de mouvement, une émotion à fleur de peau. La jeune fille en feu s’étiole pourtant un peu avec les chants d’oiseau sur God Turn Me Into A Flower, moins efficace. Mais dans ce début d’album, la chanteuse garde encore secret un morceau qui lui vaudrait pourtant une nomination à la meilleure chanson de l’année : Children Of The Empire. Dans la veine symphonique, on est moins convaincu par Hearts Aglow, puis par les titres s’éloignant de ces arrangements sophistiqués pour aller vers plus d’épure : Twin Flame et sa boîte à rythme statique, ou le triste A Given Thing qui ferme le bal. 

And In The Darkness, Hearts Aglow reste un album comme sait les faire Weyes Blood : reconnaissable entre tous, équilibré et subtil, inquiet, parcouru de fulgurances mélodiques, et de trouvailles renversantes posant subrepticement quelques sonorités (annonciatrices des évolutions à venir ?) encore peu entendues chez elle. La guitare dominant The Worst Is Done, ou quelques loops électroniques semés régulièrement entre couplets et refrains sur la majorité des titres, montrent en effet que l’américaine n’a pas encore fini d’explorer les confins de sa pop. On attend déjà avec impatience le troisième volume de ses réflexions, qui devrait proposer quelques pistes pour déjouer l’aliénation et l’atomisation où nous errons.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE

It’s Not Just ME, It’s Everybody, Children Of The Empire, Grapevine, The Worst Is Done


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