Waxahatchee – ‘Saint Cloud’

Waxahatchee – ‘Saint Cloud’

Album / Merge / 27.03.2020
Americana

Huit ans se sont écoulés depuis American Weekend. Alors, Waxahatchee sortait l’un des albums lo-fi folk les plus à vifs de la décennie. Depuis, la discographie de Katie Crutchfield pourrait s’apparenter à un long parcours de cautérisation, tant les disques semblent davantage apaisés, les écorchures initiales semblant -de prime abord- se refermer à chaque étape.

Saint-Cloud incarne une période de rejet des démons. L’album est le témoignage d’un regard et d’une manière d’être profondément renouvelés. Pour une artiste en proie aux addictions auto-destructrices, le revirement est de taille. Les émotions qu’il suscite ne sont pas du même ordre que sur ses albums antérieurs, et on pourra d’abord craindre de ne pas  retrouver les piques sensitives de ses compositions les plus habitées et les plus déchirantes.

Mais voilà, Saint-Cloud est terriblement ambitieux : l’ambition d’une résurrection, bien plus qu’un énième album d’artiste en rehab.  Le ton est posé sur la photo de couverture, incarnant une forme de synthèse du lyrisme américain:  la Ford, les fleurs, la plaque Saint Cloud, la posture en robe flottante sur le toit de bagnole. On peut y soupçonner l’envie de Katie Crutchfield de se frotter aux classiques qui l’ont constituée, avec une pointe d’arrogance. Remplacer l’attraction des gouffres par l’attraction des sommets, en chantant ‘I was once terrified of heights’ sur Le superbe Ruby Falls. Comme pour mieux se confronter à ses propres hauteurs de vue.

La production marque un grand écart avec le lo-fi au profit d’arrangements léchés, Waxahatchee étant épaulé d’un backing band qui respire l’Americana. Son lien à l’Amérique du sud est plus que jamais renoué. On a parfois l’impression d’écouter des standards : Saint-Cloud est autant la marque d’un renouveau qu’un retour aux racines culturelles qui l’ont construite. Elle y fait d’ailleurs directement allusion sur Ruby Falls : ‘I’ll sing a song at your funeral Laid in the Mississippi gulf Or back home at Waxahatchee creek‘.

Passé la première écoute, déstabilisante, où l’on a le sentiment de perdre l’amie de galère, l’écorchée vive qui nous avait accompagnée sur Cerulean Salt, où l’on redoute – production oblige – le calibrage des titres, on se résout à accepter la beauté de l’album, grandement aidé par les derniers titres de celui-ci. L’arrogance présupposée sur la pochette prend une nouvelle tournure : celle d’écouter un classique contemporain.

Certaines plaies ne se referment pas. Ainsi, le superbe Ruby Falls fait allusion au même deuil que le titre Brother Bryan, sur Cerulean Salt. Les deux titres offrant à sept ans d’intervalle deux témoignages aussi déstabilisants, l’un à vif, l’autre plus digéré, mais de fait plus poignant. Peut être les deux plus beaux titres de sa discographie, reliés par un pont à la sensibilité magnifique. Le titre St. Cloud est dans la même veine, et conserve l’authenticité lo-fi d’American Weekend, avec une production beaucoup plus claire. La voix de Katie Crutchfield vient nous rappeler son potentiel d’uppercut dans le foie, comme pour rééquilibrer nos réticences sur sa capacité à nous émouvoir, depuis que sa vie est apaisée. Saint Cloud nous conte en définitive le combat d’une native de l’Alabama avec ses démons. Les plus beaux moments sont évidemment ceux ou, trop incarnés pour définitivement céder, les maux reprennent inévitablement le dessus.

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A ECOUTER EN PRIORITE
Oxbow, Fire, Ruby Falls, St Cloud


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