TV Priest – ‘My Other People’

TV Priest – ‘My Other People’

Album / Sub Pop / 17.06.2022
Rock

Crier sa frustration et sa colère face à des évènements extérieurs qui échappent à notre contrôle (la politique, la culture, la mondialisation etc.) est tendance et nécessaire en 2022. Sauf que c’est une responsabilité dont le poids n’est finalement pas si simple à porter. Quand tu te fais le porte parole de causes, que tu fédères toute une communauté d’enragés utilisant ton art pour s’exprimer à leur tour, tu as vite fait de te perdre. Surtout quand ton album sort en pleine pandémie, que les médias le considèrent comme la nouvelle sensation post-punk (une des 800 de ces trois dernières années) et que tu ne peux même pas le défendre en public parce que tu es confiné comme tout le monde à boire du thé et faire ton pain. Bonjour le syndrome de l’imposteur. C’est ce qui est arrivé à Charlie Drinkwater, et c’est pour ça que My Other People est différent.

Déboussolé par le succès d’Uppers et ce paradoxe d’une gloire visible principalement sur les réseaux, Charlie a traversé une bonne grosse crise existentielle, de celles qui remettent en cause ta vision de la réalité. S’il admet bien volontiers que la colère du premier album était réelle, l’image qui lui a été renvoyée ne correspondait pas à ce que le groupe avait envie de transmettre. Jouer au gros dur qui fait du punk sur scène a un côté très cathartique et grisant le temps que ça dure, mais le besoin d’être plus honnête, de partager sa vulnérabilité et ses déboires avec sa santé mentale s’est fait de plus en plus pressant. Sans cette remise en question, TV Priest aurait rejoint le clan des groupes qui n’ont sorti qu’un album avant de péter une durite.

My Other People fait donc passer le quatuor de la case post-punk à rock alternatif (si tant est que ça veuille dire quelque chose) avec une ambiance générale bien plus intime, des morceaux qui regardent vers l’intérieur, les émotions, l’angoisse, la dépression mais surtout l’espoir. C’est la force de ce disque : maintenir une sorte d’équilibre entre mélancolie et espoir, du style ‘ça va vraiment pas fort là mais je connais le chemin à prendre pour que ça aille‘. ‘Life only comes in flashes of greatness‘ (Bury Me in My Shoes) rappelle l’importance de saisir l’instant présent. Des grandes leçons de vie qu’on trouve aussi dans It Was Beautiful qui nous enjoint à accepter la nature éphémère de toute chose et y trouver malgré tout de la beauté et du sens. Et comme l’indique le nom de l’album, l’autre message fort, c’est de garder ses proches – véritable planche de salut quand tout fout le camp – encore plus proches (One easy thing, My Other People).

Evidemment, ça ne veut pas dire que la musique de TV Priest est devenue molle du genou. Non, elle a mûri, évolué vers plus de nuances, et si elle a perdu un peu de son potentiel pogo, nul doute que les arrangements lumineux (The Breakers, Happiest Place On Earth, Sunland) trouveront leur place parmi diverses guitares aiguisées et rythmiques asphyxiantes (Unravelling, I Have Learnt Nothing, It Was A Gift). Peu importe comment l’album sera reçu, Charlie Drinkwater a déjà annoncé qu’il serait toujours fier d’avoir exposé sa vulnérabilité. On ne peut que saluer et applaudir sa démarche.

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A ECOUTER EN PRIORITE
It was beautiful, The Breakers, One Easy Thing


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