Tomahawk – ‘Tonic Immobility’

Tomahawk – ‘Tonic Immobility’

Album / Ipecac / 26.03.2021
Rock de freaks

Dans l’histoire de la musique, le concept étrange de super-groupe composé de super-membres foisonne autant que le nombre de concerts loupés depuis le début de la crise sanitaire covidienne. Des Traveling Wilburys en passant par Them Crooked Vultures et Crosby, Stills, Nash and Young (difficile d’ailleurs d’annoncer plus clairement la couleur), les exemples ne manquent pas. Un homme a cependant élevé ce passe-temps mégalomaniaque au rang d’Art : Mike Patton. Il le fait de manière réussie, contrairement à bon nombre de projets médiocres regroupant pourtant des types méchamment doués – coucou Audioslave.

C’est que le leader de Faith No More ne tient pas en place et semble avoir autant besoin de respirer de l’oxygène que d’annoncer quotidiennement une nouvelle collaboration. Inutile d’énumérer la liste, et concentrons-nous sur le retour attendu de Tomahawk avec Tonic Immobility, huit longues années après son dernier album.  Et autant le déclarer franchement : on est quand même plus proche du hard rock de daron que des folles expérimentations dont Mike Patton nous a tant de fois gratifié. Ce n’est d’ailleurs pas un jugement snob à l’emporte-pièce, ni une critique négative. Qui pourrait donc renier un disque de musique heavy traditionnel faisant le taf, même si on attendait de lui un peu plus d’excentricité ?

Quand on met des membres de Faith No More, Jesus Lizard, Helmet et Mr. Bungle dans la même pièce, il est écrit dans les Saintes Ecritures que le ciel est leur seule limite. Les quatre en profitent pour composer une musique fleurant bon l’Apocalypse, avec une section rythmique qui est tout bonnement à se taper le cul par terre : la moindre des choses et un résultat inéluctable quand Duane Denison, John Stanier et Trevor Dunn tiennent les instruments. Sans surprise donc, ils sont aussi à l’aise sur le hard rock simpliste aux chorus sémillants (Dog Eat Dog, Business Casual) que sur les titres à l’ambiance sludge (Predators and Scavengers).

Du coup, ce n’est pas une mince affaire que de pouvoir suivre et égaler l’intensité instrumentale au chant. Bonne nouvelle quand on a le weirdo Patton derrière le micro, puisque cette inquiétude s’envole manu militari par la fenêtre. Toujours aussi friand de logorrhées verbales, il assume pendant 40 minutes son penchant extrême pour la théâtralité. Monologue suivi d’un coup d’hypertension (SHHH !), diatribe sur les effets de la situation sanitaire actuelle (Doomsday Fatigue), hurlements déments (Howlie) : Patton fait du zèle et sort la panoplie complète d’un Sinatra dérangé.

Petit grief cependant sur la production de l’album qui semble bien trop proprette pour une musique aussi poisseuse. Ce côté clinique amoindrit malheureusement la force de frappe hargneuse des compositions. Tonic immobility ne brille donc pas par les risques qu’il a pris pour déstabiliser l’auditeur dans son confort d’écoute. Si vous ne jurez que par le Mike Patton expérimental maltraitant son public, il faudra trouver votre bonheur ailleurs dans sa discographie. Mais ce retour de Tomahawk remplit au moins la louable tâche d’être fun et aussi agréable que la première gorgée d’une binouze fraîche par un temps d’été. La familiarité a du bon, merde ! Surtout dans une période aussi incertaine.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
SHHH!, Predators and Scavengers, Business Casual, Dog Eat Dog


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