The Soap Opera – ‘Back on Tracks’

The Soap Opera – ‘Back on Tracks’

Album / Howlin Banana / 09.06.2023
Pop

C’est évidemment paradoxal, mais la Pop, dans ce qu’elle a de meilleur, n’est jamais véritablement actuelle. Sergent Pepper, Village Green ou Pet Sounds ne sont-ils pas des rêveries, tantôt nostalgiques, tantôt visionnaires d’un monde enfin harmonieux ? La Pop, au fond, nous ferait contempler la réalité, non pas telle qu’elle est, mais bien plutôt épurée de tout ce qui, avec le temps, en altère la beauté. C’est sans doute pour cette raison que, régulièrement, nous en avons besoin : nous ne pouvons pas toujours être affligés face au cours des choses, ni même prêts à le combattre, que ce soit par le cynisme ou l’engagement politique; parfois, nous avons juste le désir de jouir paisiblement des attraits du monde environnant, sans songer à ce qui le dégrade.

C’est ce que l’on finit par penser et ressentir à l’écoute de Back On Tracks, le nouvel album de The Soap Opera. La formation rennaise n’est pas une nouvelle venue, puisqu’elle propose depuis 2015 des petits bijoux de Twee Pop dont l’éclat s’est fait remarquer jusque de l’autre côté du Channel. L’excellent Ready To Hatch, en 2017, établissait déjà avec assurance le savoir-faire mélodique des bretons, mais six ans furent pourtant nécessaires pour lui donner une suite. Étonnant ? Pas vraiment quand on sait combien de patience et d’abnégation il faut aux artistes Pop pour extraire de la médiocrité du quotidien d’inaltérables perles musicales. Mais on devine également, à l’écoute de ces dix nouveaux morceaux, que l’enjeu principal n’était rien de moins qu’un mouvement de maturation. La légèreté jubilatoire des précédents albums a fait place à des compositions plus harmonieuses, subtiles et posées, à la recherche d’un juste équilibre entre mélancolie et joie pure. L’excitation sautillante et juvénile d’antan cède ainsi la place à une juste modération apportant de la délicatesse aux mélodies, lesquelles, sous des dehors de simplicité, en viennent à dégager ce ‘je ne sais quoi’ qui caractérise la véritable grâce.

Pour aboutir à ce résultat, les connections avec un passé plus lointain que les années 80/90 furent probablement nécessaires. On en vient à penser aux Beach Boys, aux Kinks de Something Else, aux Byrds de Younger Than Yesterday, mais ces références surgissent rapidement à l’esprit sans s’imposer, comme des caprices de la mémoire de l’auditeur plutôt que comme de réelles filiations. Car Back on The Tracks, tout en sonnant comme un vieux disque en mono duquel émane quelques effluves du passé soigneusement sélectionnées, ne perd jamais son originalité ni sa singularité. L’album commence sobrement avec Rise And Fall Of A teenager Hooper, mais à partir de Who Ate The Last Phoney Oreo ?, euphorisant comme un tube des Turtles, on assiste à un véritable déluge de mélodies parfaites, médusé et conquis. On est délicieusement grisé par l’essor du refrain plein de cordes délicates de Golden Springs S.A.S., que ne désavouerait pas Le Superhomard, ou par ces merveilleux et enlevés choeurs byrdsiens sur Magic Number. On s’abandonne à la sublime ballade Spacin’ Out, qui nous rappelle, à tort ou à raison, mais bel et bien avec bonheur, Evergreen, l’un des chefs d’oeuvre d’Echo And The Bunnymen. Et quand vient la fin de l’album, l’allégresse exotique de Sword Fight At The Beach House nous pousse à danser et, du même coup, ouvre grandes les fenêtres sur le monde extérieur.

The Soap Opera, patiemment et modestement, saisit sur Back On Tracks la beauté de l’éphémère pour la traduire sous forme d’élégantes harmonies vocales effleurant des orchestrations raffinées. Ce travail d’orfèvre, tout en retenue pour produire les émotions les plus justes, constitue une œuvre précieuse, marquée par le temps qui passe mais également par l’urgence de déterminer ce qui, de ce dernier, mérite d’accéder à la permanence du souvenir. C’est là son inactualité, tout autant que son inestimable valeur.

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A ECOUTER EN PRIORITE
Golden Springs S.A.S, Magic Number, Spacin’Out


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