The Poison Arrows – ‘War Regards’

The Poison Arrows – ‘War Regards’

Album / File 13 / 25.02.2022
Rock noise

La musique est faite de disques qui passent dans l’instant, et d’autres qui laissent une trace. Si le plaisir est bien présent dans les deux cas, la deuxième catégorie peut, dans l’après, prendre une forme d’obsession qui ne vous lâche pas. War Regards est de ce genre-là. Pourtant, ce quatrième album de The Poison Arrows semble au premier abord difficile à appréhender. Une fois dedans, sa métronomie brute et rectiligne finit néanmoins par devenir un écho hautement addictif.

Le groupe aura compilé plusieurs tentatives pour parvenir à ce résultat, se trimballant même à ses débuts une étiquette de formation hermétique : un qualificatif dont ces chicagoans se sont délestés au fil de leurs albums, en abandonnant peu à peu un côté math rock qui les empêchaient apparemment de s’exprimer pleinement, jusqu’à trouver le juste équilibre en épurant leur propos sur leur troisième long format, No Known Note, en 2017. Cinq ans plus tard, et après moult reports pandémiques, War Regards – une faute de frappe dans un mail qui donne le titre du disque et qui prend plus que jamais son sens aujourd’hui – s’inscrit donc avec encore plus d’aplomb dans la continuité de son prédécesseur. Enregistré en trois jours à l’Electrical Studio de Chicago par Greg Norman, ce nouvel opus attendait patiemment son heure avant d’arriver à nos oreilles.

Même si l’on pense illico à June Of 44, Shipping News ou à Girls Against Boys via la voix grave et nonchalante de Justin Sinkovitch (War Regards, Shallow Grave), l’identité de The Poison Arrows est bien là, tapie au sein d’un propos plus patient qu’auparavant dans ses intentions. La basse ronde et infatigable assurée par Patrick Morris (ex- Don Caballero) donne le change aux rythmiques classes et inébranlables d’Adam Reach. Guitare et chant, quant à eux, apportent les appels d’air nécessaires aux neuf impulsions du disque : un apport mélodique articulé en éclats (Mood Swings I Don’t Know, Seek Harbor, Shattered General) permettant au trio de livrer son contenu dans un emballage résolument hypnotique. Les chicagoans surprennent davantage lorsqu’ils invitent le rappeur Sterling Hayes sur un We Are Collateral les écartant avec brio de leur routine, ou en calmant le jeu avec les irréprochables Laterally Speaking et Altered Medication : un peu plus de douze minutes à eux deux pour clôturer ce nouvel album sur des midtempo organiques.

Dans une rage planquée derrière un calme de surface, The Poison Arrows vient de taper fort avec ce War Regards qui demande d’en capter la pleine mesure. Capable en un instant de nous envelopper puis de nous percuter, cet album fait toujours plus mouche au fil des écoutes, en continuant inconsciemment son travail de sape. Bien joué.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
War Regards, Mood Swings I Don’t Know, We Are Collateral, Laterally Speaking, Altered Medication

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