The Magnetic Fields – ‘Quickies’

The Magnetic Fields – ‘Quickies’

Album / Indie folk rock / Nonesuch
15.05.2020

Petit retour en arrière : nous sommes à New York à la toute fin des nineties. The Magnetic Fields, déjà responsables de quelques petits bijoux d’indie-electro-pop, sortent un triple-album fleuve à la sauce minimaliste qui ne ressemble à rien de connu, inspiré par un projet avorté de revue transformiste imaginé par leur pince-sans-rire de leader, Stephen Merritt. Sorte d’’exercices de style’ à la Raymond Queneau où tout y passe (de la country au faux punk en passant par les yé-yés), drôle, touchant, ludique, souvent grinçant, doté de punchlines imparables et de moments de grâce intemporels, 69 Love Songs brouille alors la frontière entre premier et second degré, bon et mauvais goût. Pratiquement la moitié des chansons sont des petits chefs-d’œuvre, là où l’autre moitié permet au méta-concept de l’album de se déployer dans toute sa dimension frappadingue, histoire que l’ensemble ne se prenne pas trop au sérieux non plus…

20 ans et une flopée d’autres concept-albums plus tard – dont le dernier, 50 Song Memoir, a le culot de raconter chaque année de la vie de Merritt en une chanson – le leader des Magnetic Fields se dit inspiré par la nouvelliste conceptuelle Lydia Davis, mais aussi par le scrabble (!), et a donc aujourd’hui envie de ‘faire court’. Qu’on se rassure tout de suite, l’hétérogénéité reste de mise. En témoigne l’entame de Quickies, où l’on passe de l’ambiance ‘flower power’ de The Biggest Tits in History à la comptine sardonique au piano de The Day The Politicians Died. Mais avec ces 28 nouveaux titres – une quinzaine de secondes pour le plus court, et deux minutes trente pour le plus long – The Magnetic Fields semble surtout vouloir revenir ici à l’essentiel, à savoir une écriture ciselée admirablement servie par l’alternance entre la grosse voix grave de Merritt, quasi gothique parfois, et la douceur et la clarté de celles de Claudia Gonson et Shirley Simms – alternance qui manquait d’ailleurs tant à 50 Song Memoir et qui donne par exemple tout le sel de My Stupid Boyfriend, duo imparable où Merritt et Simms se plaignent de leur fiancé.e.s respectif.ives jusqu’à tomber amoureux l’un de l’autre.

On se fait donc plaisir avant toute autre considération extérieure sur Quickies. Certes, le concept général de ‘faire court’ peut aussi influencer le contenu des paroles parfois, entre la partie de sexe express de Bathroom Quickie et le côté jingle pub de The Best Cup of Coffee in Tennessee. Mais ce qui ressort surtout, c’est l’immédiateté des voix, des arrangements et de l’instrumentation basique (banjo/ukulele, celeste, guitare folk, piano…), même si celle-ci reste parfois utilisée à contre-emploi, comme en atteste l’auto-harpe délicate sur l’hilarant Rock ‘n’ Roll Guy, accompagnant de manière improbable la complainte d’une groupie qui veut un vrai mec rock’n’roll capable de ‘dormir dans un van’. Et comme dans 69 Love Songs, on retrouve donc avec un certain enchantement tout un tas de petites saynètes inoubliables, des faits divers sordides de Love Gone Wrong à l’ambiance très gay bar de (I Want to Join a) Biker Gang. Parfois, The Magnetic Fields se paie même le luxe d’ironiser sur l’air du temps : ‘Billions laughed and no one cried / The day the politicians died / Celebrations spread worldwide / The day the politicians died’. Le très folk-rock Kraftwerk in a Blackout est de cette veine aussi, résonnant étrangement avec l’actualité. ‘Will we ever dance again?’ se demande l’auteur alors que le titre s’achève. On se pose la question aussi…

Mais là où Merritt touche le plus l’auditeur, c’est quand il lève pudiquement le voile sur son statut d’artiste le plus neurasthénique de la planète (plus que Bob Mould lui-même, en tout cas aux dires de ce dernier quand on lui pose la question !). En 30 secondes, The Boy in the Corner brosse ainsi le tableau d’un homme incapable de choisir entre intellect et performance pure, écriture solitaire et exhibitionnisme scénique. Et si Merritt emprunte les habits élimés d’un ancien travailleur du sexe qui se retrouve nostalgique de son maquereau dans I Wish I Were a Prostitute Again, il semblerait que ce soit surtout pour mieux commenter son statut d’artiste ‘public’ dans la conclusion parfaite d’un disque peut-être finalement plus personnel qu’il ne le laisse paraitre de prime abord.

Brèves et directes comme des cartes de visites laissées nonchalamment sur votre table, les chansons de Quickies sont en tout cas une des meilleures façons de faire connaissance avec Merritt et sa bande aujourd’hui, là où leurs précédentes sommes pseudo-encyclopédiques peuvent encore en intimider certains parfois. Pour un peu, on en finirait presque par se méfier de ce vieil adage douteux qui dit que ‘plus c’est long, plus c’est bon’.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
The Biggest Tits In History, The Day The Politicians Died, My Stupid Boyfriend, Kraftwerk in a Blackout, Come Life Shaker Life, (I Want To Join a) Biker Gang, Rock ‘n’ Roll Guy, The Best Cup of Coffee in Tennessee, The Price You Pay, The Boy in the Corner, I Wish I Were a Prostitute Again


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