The Brian Jonestown Massacre – ‘Fire Doesn’t Grow on Trees’

The Brian Jonestown Massacre – ‘Fire Doesn’t Grow on Trees’

Album / A Recording / 24.06.2022
Rock psychédélique

Le parcours berlinois d’Anton Newcombe suivant le délirant Who Killed Sgt Pepper en 2010 est quelque peu chaotique. Les sorties de The Brian Jonestown Massacre sont toujours aussi régulières, on y trouve de belles surprises comme Musique de Film Imaginé, BO d’une oeuvre de Nouvelle Vague que seul son compositeur a vu, mais aussi pas mal de choses dispensables, comme la kraut insipide de Don’t Get Lost. En 2019, il y eut le retour aux sources, un album portant le nom du groupe et son simple logo en guise de pochette est venu mettre un terme aux expérimentations. Mais là aussi, il manquait quelque chose.

Et puis, Newcombe a de nouveau été touché par la grâce. Certains voient la vierge, lui entend des chansons. The Real lui est apparu et s’en est suivi une période de folle créativité. Suivre certains artistes est un travail à plein temps (non rémunéré, évidemment), le gourou du BJM poste plusieurs nouveaux morceaux par semaine sur Youtube entre fin 2020 et début 2021, dont quelques-uns seront dans ce nouvel album de 2022, Fire doesn’t Grow on Trees. Le disque commence donc logiquement par The Real. Seules quelques notes introduisent le morceau, comme pour prendre un court élan avant que le groupe nous propulse instantanément dans ces strates limpides où il retrouve toute sa majesté.

Newcombe est en reconquête (rien à voir avec l’ignoble personnage dont le nom commence par un Z), comme s’il revenait au monde après des années en marge. L’esprit conquérant, il chante ‘Fight the beast until it dies, raise your sword up to the sky!’, tel Saint George terrassant le dragon. C’est là tout le propos de l’album. Le feu, on l’a en soit ou on ne l’a pas, on ne le cueille pas dans les arbres, on ne l’ajoute encore moins au panier sur un site marchand. Le feu qui brûle en lui se nourrit d’une indépendance totale, peu importe les sacrifices que cela coûte. Le morceau It’s About Being Free Really parle de lui-même. C’est une vie simple qu’il entend défendre ici. On sent que Newcombe a besoin de réaffirmer son indépendance, de revenir sur des événements du passé : ‘My destiny is not for you to choose’ entend-on sur Before and Afterland. Et on se remémore forcément des passages du film Dig ! La bagarre sur scène le jour où des représentants d’une major viennent les voir, la différence de trajectoire que prennent les Dandy Warhols en rentrant dans le système. On pourrait croire que revenir là dessus irait de pair avec une certaine aigreur, mais il n’en est rien. Il entend responsabiliser son auditoire, comme un général revenu de tous les combats face à ses troupes. Ainsi You Think I’m Joking exhorte à réaliser ses rêves quoi qu’il en coûte, à ne pas se laisser entraîner dans les ténèbres qui nous décourageraient. Attention toutefois, la bête, les ténèbres, ces ennemis mystiques et pratiques n’ont jamais le même visage selon qui les combat (Anton Newcombe ou Donald Trump), mais il reste souvent flou.

Mais musicalement, que vaut cette croisade ? D’abord, faut-il savoir ce qu’attend un amateur du Brian Jonestown Massacre en 2022, soit 30 ans après la sortie de son premier 45t. De l’innovation ou du basique ? De l’innovation ? Passez votre chemin. Du basique ? On y est tant Fire Doesn’t Grow on Trees rappelle les plus belles années de la fin des nineties. Le tambourin métronome, des compositions à la fois intenses et aériennes quand celles du précédent album semblaient clouées au sol, solos de guitare magnifiques et jamais démonstratifs qui tirent encore l’ensemble vers le haut : il semblerait que le groupe ait retrouvé la bonne alchimie. Soyons en persuadé, le feu qui brûle dans les entrailles d’Anton Newcombe ne s’éteindra qu’avec lui.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
The Real, It’s About Being Free Really, Wait a Minute (2:30 to be exact)


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