Star Feminine Band – ‘In Paris’

Star Feminine Band – ‘In Paris’

Album / Born Bad / 07.10.2022
Garage béninois

Le terme de girls band est évidemment réducteur pour parler de Star Feminine Band, tant la formation béninoise s’inscrit dans un jeu d’héritages et de codes respectés ou court-circuités. On pourrait aisément, de l’arbre généalogique dont est issue sa musique, repérer quelques racines fondatrices dont le mélange fera la force de ce groupe d’adolescentes aussi inédit que stupéfiant.

Il y a la riche tradition musicale béninoise, qu’il s’agisse des musiques Yoruba au caractère tourné vers la célébration du sacré, ou celles Bariba dont le peuple et les traditions musicales gravitent autour de la résistance aux oppresseurs. C’est probablement plus à ce dernier sillon que se rattache le caractère folklorique modernisé du Star Feminine Band. Difficile en effet de ne pas envisager une lignée – si ce n’est musicale, au moins symbolique – entre le septuor et Groupe Super, lui constitué de 13 femmes. L’homme à la source du projet, père de deux des musiciennes, déclare d’ailleurs avoir adapté et modernisé pour le premier album des chants ou danses traditionnelles du pays.

La culture des bands, auquel le nom de l’ensemble fait référence, a une place clé dans le lignage de ce collectif. Dans les années suivant la décolonisation, de très nombreuses villes africaines avaient leurs orchestres référents, autant marqués par les guitares, l’électricité et une modernité nouvelle, que par la fin d’un asservissement. Si ces formations pouvaient célébrer la fin de la tutelle occidentale, le Star Feminine Band, tout en conservant le modèle du groupe à guitares et percussions, entend plutôt marquer la rupture avec la domination masculine, en musique comme au quotidien. Cette fois essentiellement chantées en français, les thématiques abordées vont évidemment dans ce sens : grossesses précoces en milieu scolaire, mariage forcé, excision… Autant de thèmes scandés avec une joie toute revendicatrice.

Au dessus de ce double héritage des orchestres locaux et des traditions séculaires, une figure portant haut l’étendard de la musique béninoise a eu une grande importance pour le Star Feminine Band : Angélique Kidjo, modèle d’ambition pour la génération suivante, ayant collaboré avec des personnes aussi diverses qu’Ibrahim Maalouf ou MHD. Cette influence est revendiquée par l’ensemble, comme l’est sa volonté de s’exporter à l’international. Une volonté palpable sur In Paris, notamment soulignée par de nombreux chants en français, voire en anglais, là ou l’album précédent usait tour à tour des langues Fon ou Bariba, Waama ou Ditarami, courantes dans son pays d’origine ou le groupe est devenu une petite légende. Un regard occidental pourra regretter cela et le lire comme une perte d’authenticité, mais difficile de reprocher à un tel projet son souhait de parler au plus grand nombre.

Bien évidemment, le travail de Born Bad a eu une influence sur l’identité du groupe. Si le label n’est pas connu pour faire dans la world music, une de ses caractéristiques reste de respecter la spécificité d’une proposition musicale. Là ou bien des structures auraient isolé les chanteuses lead pour les faire accompagner d’un backing band dans de grands studios, la volonté de Jean Baptiste Guillot de maintenir la sève du projet telle qu’elle, sans l’embellir ou la surproduire, contribue à donner à cette formation le son réel qu’elle mérite. D’autant que les qualités techniques des filles forcent le respect à un si jeune âge, qu’il s’agisse des lignes de basses (Peba Ikisina), des mélodies sur claviers au son FM si évocateur (Ete We Gbetoyi ), ou encore de la portée des voix (Nous Sommes Les Mêmes).

Le passage du studio local dans lequel le premier album a été enregistré à celui de Bagnolet ou la production d’In Paris a pris place, change quelque peu le son du groupe, le rendant en quelque sorte moins garage, moins estampillé Born Bad également, avec des percussions plus en retrait au profit de voix se détachant davantage, probablement en raison d’une volonté du collectif de faire passer plus clairement ses messages et revendications.

Assorti d’une superbe création d’Elzo Durt qui joue avec les motifs Wax africains et les couleurs des deux drapeaux pour mettre en avant le septuor, In Paris devrait répandre ses sonorités au delà du Bénin et de l’Hexagone, permettant notamment au groupe de prouver ses qualités sur scène. En effet, le premier album est paru en 2020, date qui a rendu sa promotion en live digne d’un film à suspense tant les formalités de voyage pour des mineures en temps de Covid mondial étaient complexes. Son large succès a permis de transformer l’essai de ce projet pharamineux, et d’enregistrer ce nouvel album sous la houlette d’un label dont la pugnacité et l’enthousiasme pour le mener à bien ne peut qu’être applaudie des deux mains.

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A ECOUTER EN PRIORITE

Peba Ikisina, Ete We Gbetoyi, Nous Sommes Les Mêmes


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