Squid – ‘Bright Green Field’

Squid – ‘Bright Green Field’

Album / Warp / 07.05.2021
Post punk expérimental

Si, pour une raison ou une autre, vous ne preniez pas encore les britanniques de Squid au sérieux, nous sommes prêts à parier que ce premier album devrait largement vous convaincre de commencer à le faire.

Attendu comme l’un des groupes les plus excitants du moment, ce quintet de musiciens multi-instrumentistes rencontrés sur les bancs de la fac de Brighton, est là à son tour pour bousculer le monde et remettre à zéro les compteurs du post punk, comme pour mieux lui tracer un nouvel avenir. Alors que le label Ninja Tune publiait il y a quelques semaines le premier disque de Black Country New Road, et qu’à la fin du mois sortira le deuxième de black midi chez Rough Trade, Squid se glisse enfin dans la partie et propulse lui aussi l’écurie Warp dans de nouvelles sphères. Loin d’être réellement en compétition, il semblerait qu’il y ait plutôt une véritable et sincère synergie entre ces trois formations, toutes issues d’une nouvelle génération de musiciens bourrés d’inventivité, et pour qui la monotonie serait tout à fait prohibée. On pourrait d’ailleurs élargir ce constat outre Atlantique, et y inclure les canadiens de Crack Cloud, eux aussi plus ou moins dans la même mouvance.

C’est donc à Streatham, au sud de Londres, que les anglais se sont enfermés durant l’été 2020 pour accoucher de ce Bright Green Field ô combien déroutant mais passionnant. Pas tombé de la dernière pluie, mais très en vogue outre Manche depuis quelques années, le prolifique Dan Carey est à nouveau aux commandes en tant que producteur attitré. On lui doit notamment le premier EP de Squid sorti il y a deux ans, mais aussi le premier album de Fontaines DC, celui de black midi, ainsi que le dernier Kate Tempest. Rien que ça.

Très loin d’être un simple bordel organisé, Bright Green Field est au contraire incroyablement méticuleux, précis et savamment orchestré. Un album captivant et tortueux, qui ne peut laisser de marbre, et qui ravira les adeptes de chemins esquintés plutôt que de promenades de santé. Malgré leur dégaine nonchalante à la Mac DeMarco, les membres de Squid accouchent ici d’un résultat plutôt intello mais pas pompeux, oscillant entre calme et chaos, énergie brute et tension palpable. Au travers de textes impressionnistes et de mantras scandés de manière instinctive, et qui laisseront à l’auditeur différentes perceptions possibles, s’ajoutent des touches de cuivres flirtant avec des guitares dissonantes, des rythmes saccadés et des expérimentations électroniques, donnant une fusion parfaite entre la modernité d’un jazz urbain et la cacophonie d’un punk rageur. Du rythme lent et maladif de G.S.K. à la beauté envoutante de 2010, en passant par l’ingéniosité de Paddling ou la fougue de Narrator, tout les ingrédients sont là pour nous transporter dans un univers futuriste et ensorcelant à souhaits.

Bien que complexe et déroutant à la première écoute, ce premier album de Squid saura s’avérer obsédant sur le long terme, et se placera à coup sûr en bonne position dans nos tops de fin d’année. Bright Green Field est une véritable œuvre à part entière qui propose son propre langage et sa propre vision de la musique. Un disque imprévisible pour un groupe qui semble déterminé à rester en constante évolution et à ne jamais se reposer sur ses lauriers. Majestueux.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
G.S.K. , Narrator, Paddling, Documentary Filmmaker, 2010, Pamphlets


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