Son Lux – ‘Tomorrows III’

Son Lux – ‘Tomorrows III’

Album / City Slang / 23.04.2021
Expérimental

Fin de la saga amoureuse de Son Lux avec ce troisième volume de Tomorrows qui met un terme à la réflexion du groupe. A la sortie du premier volet il y a un an, nous avions parlé de fragments d’un discours amoureux. Le trio nous aura finalement livré bien plus : une véritable dissertation, surprenante, parfois déstabilisante, verbeuse également, sur un thème qui aurait probablement gagné à être plus concis.

L’exercice de style ‘très long format’ était tentant pendant ces mois qui s’étiraient sans relief : mais y-avait-il besoin de ‘délabyrinther ses sentiments’ en un triple album ? A l’empathie, puis au doute, succède aujourd’hui la résilience. L’objet sonore qui en résulte reste certes un ovni expérimental qui a toute sa place dans la discographie du trio, cérébral à tendance intello, exigeant et homogène, mais l’ajout systématique de ponts instrumentaux nous colle une indéfectible sensation de remplissage dont on aurait pu se passer.

La singularité de ce Tomorrows III – après la rareté des mots du premier volume (qui reste le plus dense de l’exercice), puis les interrogations volontairement atones et déstabilisantes du second – réside dans la parole donnée aux autres, notamment aux femmes. Kadhja Bonet et Khya Victoria n’avaient jusqu’alors fait que quelques piges en tant que choristes au sein du groupe. Elles ont cette fois la lourde mission, dans cet ultime tome de la trilogie, de porter les mots de résilience avec la fin, toutes les fins, les ailleurs, les ‘lendemains’ du titre.

Dès l’entame de Unbind, Rafiq Bhatia annonce, de ses guitares saturées de fuzz, la dramaturgie à venir, brisant une construction étonnamment progressive pour le groupe dans des riffs soudainement rendus fous d’inquiétude. Perte de repères. On est viscéralement projeté dans l’inconnu. A Different Kind Of Love (pièce impeccable, lyrique et instable, qui contient tout le savoir-faire du groupe) porte en son titre la fin de tous les efforts et la nécessité de repenser les relations aux autres et au monde. C’est après ces doutes que s’exprime Khadja Bonet dans Plans We Make, rappelant volontairement, mais au présent cette fois, le titre phare du premier opus. ‘I’ve Been Afraid To Let You Go‘, répète le couple : la peur de lâcher, la peur de perdre, la peur de savoir (ou pas) continuer sans l’autre.

La voix angélique de Holland Andrews sur Sever, complainte suraiguë soulignée de drone, finit de nous plonger dans les doutes et le tourment. Pour enfin envisager des jours nouveaux, il faut ensuite admettre la défaite, et c’est la voix ronde et chaude de Kiah Victoria sur Vacancy qui nous le permet : ‘If what you need is no one near, If I can’t give you what you want, What you need, I’ll make the vacancy‘.

Au-delà de ces titres structurants, les autres sont plus attendus. On y retrouve toute l’identité de Tomorrows, les cordes frottées, la dissonance, les samples percussifs (Come Recover, The Hour), mais à l’instar des virgules instrumentales trop entendues sur les trois LP, tout s’émousse et perd en émotion. Par contre, si l’on a pu craindre pour l’unité du groupe à l’aube de cette trilogie, parce que quelques titres nous donnaient l’impression que chacun jouait sa partition en super soliste plus qu’en groupe, l’homogénéité, la rigueur et l’exigence de cet ensemble nous rassurent complètement.

Ces trois garçons ont bien tracé de concert, toujours à la recherche d’une vibration profonde et originelle, cette réflexion musicale. Ils en ont fait un objet âpre et dense qu’il faudra laisser maturer tranquillement, mais qui peut tout aussi bien servir de jalon et de creuset à leurs prochaines explorations.

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