Sleaford Mods – ‘Spare Ribs’

Sleaford Mods – ‘Spare Ribs’

Album / Rough Trade / 15.01.2021
Post punk hip hop

Peut-on parler de retour gagnant pour le plus anglais des groupes d’Angleterre alors qu’il n’a jamais vraiment connu de baisse de régime ? Considéré par Iggy Pop comme le plus grand groupe de rock’n’roll du monde, Sleaford Mods n’a eu de cesse – depuis ses débuts – de distribuer des parpaings avec sa musique hybride, entre post punk et rap électro. Pour leur nouvel album intitulé Spare Ribs, Jason Williamson et Andrew Fearn sont évidemment toujours aussi avides de remettre en question les normes sociétales et de défendre les droits de la classe ouvrière Britannique. Il faut dire que ces derniers temps, les événements se déroulant de l’autre côté de la Manche font figure de pain béni pour les compères de Nottingham : Brexit, Coronavirus et confinement, survie des salles indépendantes…  La liste des griefs et doléances est aussi considérable que la bêtise de Boris Johnson. Spare Ribs est empreint de cette colère et de ce sentiment d’urgence. C’est aussi l’album le plus musical et audacieux de Sleaford Mods à ce jour. Souvent pointés du doigt, à tort, pour n’avoir qu’un seul tour dans leur sac, Fearn et Williamson soulignent ici leur talent complémentaire et la fusion artistique dont ils sont capables.

Fearn est bien plus que le type, canette de bière à la main, qui appuie sur la touche play de son ordinateur avant de passer le relais aux diatribes de Williamson. Sur ce nouvel album, son aptitude de musicien atteint des sommets. Sa tambouille post punk/electro/hip hop au groove infaillible et sa basse divine en font un des meilleurs beatmakers du moment. Le fait d’avoir enregistré l’album rapidement en trois semaines – le temps d’un confinement – ne l’a certainement pas empêché de s’aventurer sur des terrains pas encore défraichis par le groupe. Les exemples sont nombreux et fournis : l’aspect quasi house de Spare Ribs, la trance épileptique et le synthé d’I Don’t Rate You ou encore All Day Ticket qui fait fortement penser au Devo des grands jours. Andrew Fearn est l’archétype même de celui dont on sous-estime les réelles habilités artistiques. Règle d’or : ne jamais se laisser berner par la décontraction et le je-m’en-foutisme apparents.

Jason Williamson est la voix et la plume qu’il nous faut pour couper court à la connerie de ces temps difficiles. Ses remarques sont plus que jamais pertinentes, à l’heure où l’Angleterre subit de profonds changements structurels et sociaux. Dénué de toute patience pour les théories conspirationnistes ou la tension ambiante propice à la panique – et encore moins pour les démonstrations racistes – il scande sur Out There : ‘I wanna tell the bloke that’s drinking near the shop / That it ain’t the foreigners and it ain’t the fuckin Cov / But he don’t care‘. Sur ce même morceau, il partage son avis éclairé sur le Brexit – en espérant que cela devienne le slogan de l’année : ‘Let’s get Brexit fucked by an horse’s penis until its misery splits‘. Le chanteur de Sleaford Mods est un sniper à la gouaille et au charisme indéniables, rappant et monologuant les quatre vérités à un gouvernement qu’il conchie. Il peut aussi se laisser aller à une certaine mesquinerie de bon aloi, comme quand il crache son venin sur les ‘fucking class tourists’ – musiciens se prétendant d’une origine plus modeste qu’ils ne le sont vraiment. Insultes à peine voilées à l’encontre d’Idles, confirmant la brouille définitive entre les deux groupes.

La vraie force de l’album est aussi la volonté de Sleaford Mods d’accueillir, pour la première fois, des guests le temps de quelques compositions. Billy Nomates apporte une dose de soul sur le beat hypnotique de Mork n Mindy tandis qu’Amyl Taylor détruit la concurrence sur Nudge It en l’espace de quelques secondes. Cette dernière a décidément le vent en poupe et réussit tout ce qu’elle entreprend, comme en atteste également son feat sur le dernier album de Viagra Boys chroniqué ici même par votre serviteur.

J’en appelle à votre devoir de citoyen de mettre Spare Ribs sur les platines. Partageons la colère du groupe et écoutons ses remontrances – personne dans le paysage musical ne le fait aussi bien. Tant qu’à faire, on peut aussi relancer le débat sur la capacité des musiciens à changer concrètement le monde. Williamson, poète moderne incisif et éloquent, rétorquerait sûrement qu’il a autre chose à foutre que de participer à ces échanges de la petite bourgeoisie. Dans le pire des cas, il y a toujours les beats de Fearn pour s’encanailler.

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A ECOUTER EN PRIORITE
Shortcummings, Nudge It, Elocution, Mork n Mindy, I Don’t Rate You


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