Nothing – ‘The Great Dismal’

Nothing – ‘The Great Dismal’

Album / Relapse / 30.10.2020
Heavy shoegaze

Une lumière secrète venue du noir‘. Comme les toiles de Pierre Soulages, la musique de Nothing ne cesse d’explorer depuis ses débuts les infinies nuances et textures que revêt l’obscurité. Pour cela, elle prend assise sur un shoegaze musclé – il faut imaginer Slowdive reprendre le Betty de Helmet – et laisse latitude au chanteur-guitariste Dominic Palermo de conter ses démons, lui qui a frôlé plusieurs fois la mort sans éviter au passage la case prison. Mais il y a aussi de la lumière qui s’échappe par intervalles, dans ce choc entre les harmonie réverbérées et ces riffs lourds de saturation. Le sublime The Dead Are Dumb, extrait de l’album Tired of Tomorrow sorti en 2016, illustrait ce précieux contraste. ‘On essaye d’extraire la beauté de toute cette noirceur‘, nous avait ainsi confié le groupe de Philadelphie dans une interview.

Avec The Great Dismal enregistré pendant la période de confinement, les Américains reviennent avec un son un peu moins abrupt et puissant – sans aucun doute lié aux conditions techniques du home studio. Mais ce n’est pas le changement le plus profond. L’autre guitariste du groupe, Brandon Setta, a laissé sa place pour d’énigmatiques raisons* à Doyle Martin, chanteur/guitariste de Cloakroom avec qui Nothing partage au passage d’importantes accointances esthétiques. A présent seul maitre du navire Nothing, Dominic Palermo conduit sa barque en marécages isolés. Sur la somptueuse ouverture A Fabricated Life, il accompagne sa voix pleine de spleen avec une unique guitare… avant que l’explosif Say Less ne reviennent muscler le propos. ‘Tu en veux plus / J’en attend moins / Encore et encore / L’air infeste / De souffles affamés / Encore et encore‘ clame Palermo, comme une missive à la cacophonie de l’époque.

Peut-être plus avare en mélodies accrocheuses que ses prédécesseurs – à l’exception du très radio-friendly Catch A Fade -, ce quatrième album se détache essentiellement dans la discographie du groupe pour son ambiance particulièrement brumeuse, à l’image de son énigmatique pochette. Un album inattendu, sans doute moins étudié, comme un instantané de cette étrange période d’épidémie et de confinement généralisé qui nous a tous pris de court. L’apocalypse selon Nothing n’a pas l’allure d’un grand flash blanc mais d’un trou béant, noir comme de l’encre.

*sur une discussion Reddit, un fan se déclarant proche du groupe affirme que, selon Dominic Palermo, Brendan se portait trop mal pour continuer, sans donner plus de détails.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
A Fabricated Life, Say Less, Catch Less, Famine Asylum


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