Mudhoney – ‘Digital Garbage’

Mudhoney – ‘Digital Garbage’

Album / Sub Pop / 28.09.2018
Rock


Pour quiconque s’inspire de faits de société, de son évolution, l’Amérique de Trump est pain béni. C’est le cas pour Mudhoney qui, en ayant branché ses amplis sous la présidence de Ronald Reagan, n’en est pas à son premier coup de gueule. Cette année, les vétérans de Seattle, survivants du grunge, fêtent leur trente ans de carrière en publiant, toujours chez Sub Pop, leur dixième album. Digital Garbage arrive dans l’ordre des choses, celles commencées avec Touch me I’m Sick ou Hate the Police.

Seulement, depuis trente ans, les choses ont pas mal évolué, influencées par la montée en puissance d’internet. Six ans après son précédent effort Vanishing Point, la bande de Mike Arm admet n’avoir jamais abordé ces sujets qui les dépassent : ceux des réseaux sociaux, du conflit entre les mondes virtuels et réels, de la notoriété virale raillée ici sur Kill Yourself Live, témoin d’une certaine prise de risque avec son entame sur des notes de Farfisa inédites chez elle.

Certes, Mudhoney est vieux, mais pas con et toujours aussi piquant : ‘we’ve rather die in church‘ chante-t-il à propos des meurtres de masse sur Please Mr Gunman (à ne surtout pas confondre avec la rengaine sixties Please Mr Postman). Night and Fog, plus inquiétant, avance dans l’ombre, à pas de velours, avant d’exploser salement, tandis qu’on aurait bien vu le précurseur Hey Neanderfuck apostropher les prédateurs sexuels démasqués par le mouvement MeToo s’il ne datait pas déjà de 2013. Puis le groupe s’en prend aux gourous de toutes sortes, aux profiteurs du désœuvrement à travers le lancinent Messiah’s Lament, avant de se faire lui-même prophétique sur Next Mass Extinction revenant sur les événements de Charlottesville en 2017.

On pourrait dire que les gars de Mudhoney sortent de leur boîte chaque décennie pour taper sur tout ce qui bouge, mais ce n’est pas tout à fait vrai à en croire la pointe d’ironie récurrente au sein d’un album pas si premier degré. Certes, il y a bien des éléments immédiatement identifiables à commencer par la voix et la hargne de Mike Arm, mais aucun album du groupe ne sonne vraiment comme le précédent alors que beaucoup de vétérans finissent par se répéter disque après disque. Ici, on n’atteint pas le sommet de Under a Billion Sun (2006), mais Mudhoney montre que, du haut de ses trente ans d’existence, il est loin d’avoir dit son dernier mot.

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A ECOUTER EN PRIORITE
Kill Yourself Live, Paranoidcore, Next Mass Extinction


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