Moaning – ‘Uneasy Laughter’

Moaning – ‘Uneasy Laughter’

Album / Sub Pop / 20.03.2020
Pop rock

Ce sont bien des gémissements de plaisir que Moaning nous soutire à l’écoute de son deuxième album. Uneasy Laughter souligne la maturation tranquille et assumée d’un groupe pourtant jeune, vers un rock toujours sombre mais plus synthétique, et aux textes concernés.

Pour cette seconde livraison, les trois californiens, amis d’enfance, reconnaissent avoir eu envie de faire valoir le lien fort qui les unit en accouchant d’un véritable album de groupe, plutôt que de chacun tirer la couverture à soi. La disparition de l’individualité est poussée très loin, puisque leurs expériences personnelles (notamment la lutte du chanteur Sean Solomon contre son alcoolisme) traversent les textes et, peu importent les sujets, se transforment parfois en prêches, appelant à réfléchir à ses actes, à s’investir en s’oubliant soi-même, à relativiser les problèmes, à toujours chercher l’essentiel… Le trio évite pourtant l’écueil moralisateur ou ‘maître à penser’, en les intégrant à une musique qui emporte tout, maîtrisée et équilibrée de bout en bout. Le pari n’était pourtant pas évident là non plus puisque le groupe a décidé d’intégrer massivement des claviers à sa signature guitare-basse-batterie. Et là où certains ont régulièrement échoué à renouveler leur style, Moaning – certes sans empreinte musicale forte, ce qui lui rend la transition facile – parvient, à la manière de Toy l’année passée, à générer un son ajusté à son rock west-coast.

L’album est long (treize titres), laisse entendre des influences voulues ou non, de belles références comme Slowdive, The Killers ou DIIV et, au fil  des minutes, il gagne en élégance et profondeur ce qu’il perd en percussion. Encore marqué par la matière rock des débuts, l’excellent Ego plaque efficacement des synthés vintage entre deux refrains, Make It Stop et Stranger déroulent un power-rock mélodique et inspiré, mais c’est le trépidant Running (avec effets de voix, phasing,  faux rythme) qui emporte tout.

Les claviers s’assument, eux, avec plus d’évidence à partir du transitionnel Connect The Dots, pour s’épanouir magistralement avec les très new-wave Fall In Love, What Separates Us, ou la progressivité rêveuse de Keep Out. On s’étonnera juste de trouver, dans cette construction savante, la présence de deux brèves virgules instrumentales aussi fades qu’inutiles, rien de suffisant néanmoins pour nous gâcher le plaisir. Moaning nous tire ici bien plus que les rires gênés de son titre.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Ego, Running, Fall In Love, Keep Out


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