Magik Markers – ‘2020’

Magik Markers – ‘2020’

Album / Drag City / 23.10.2020
Rock garage noise

Cela fait bientôt 20 ans que Magik Markers et musique underground américaine sont copains comme cochons. Du rock bruitiste et farouchement noise des débuts en passant par des expérimentations plus pop, le groupe a toujours mis un point d’honneur à s’aventurer hors des chemins balisés. Il revient avec le bien nommé 2020, son premier album depuis sept longues années. Rendons-nous à l’évidence : le trio du Connecticut n’a absolument rien perdu de sa fougueuse capacité à être imprévisible. Assagi et moins propice au boucan ? Peut-être. Mais Magik Markers n’a jamais aussi bien sonné qu’ici.

On commençait à s’inquiéter de l’inactivité du groupe. Rien à se mettre sous les dents depuis le Surrender To the Fantasy de 2013 ! Les vétérans autrefois frénétiquement prolifiques (presque quarante efforts au compteur) se sont murés dans un silence radio le temps de décrocher un master en éducation spécialisée, ou encore de se lancer dans l’apiculture. La routine quoi… Autant dire que 2020 apporte avec lui son lot d’espoir et d’appréhension. Il suffit des huit minutes du jam épileptique de Surf’s Up, avec son hypnotisante ligne de basse, pour calmer un peu nos craintes. L’enchaînement avec le quasi new-wave et trippant Find You Ride les annihile définitivement. Les Américains nous font regretter d’avoir douté une seule seconde quant à leur talent naturel pour assurer et faire le job.

Chaque piste tient en place par son propre mérite. Le groupe ne cherche pas l’ensemble cohésif, mais tend plutôt à refuser définitivement et viscéralement toute catégorisation. En neuf morceaux (dont un interlude dispensable, je vous l’accorde), Magik Markers démontre son ambition louable d’être encore et toujours en quête du FRISSON pour l’auditeur. Son arme fatale restant la voix d’Elisa Ambroglio, mélancolique à en chialer sur Born Dead et Quarry (If You Dive).

La transformation et constante évolution du trio se cristallise sur 2020. Il n’est plus question de vacarme chaotique ou de raz-de-marée noise et expérimental repoussant les masses. Un effort évident est réalisé sur la facilité d’écoute pour muer vers un groupe de rock alternatif légèrement plus accessible. Toutefois, faut pas pousser mémé dans les orties : les filous d’Hartford savent encore proposer du son garage bien cradingue. You Can Find Me donne l’illusion d’avoir été enregistré sur du matos d’occasion par un Steve Albini discount, dans une pièce insonorisée en aluminium. Dieu que c’est jubilatoire.

Les membres de Magik Markers sont revenus, ont vu et ont vaincu. Sans jamais abandonner leur attitude DIY et leur insaisissabilité, ils proposent là l’un de leurs meilleurs disques dans un catalogue déjà bien rempli. En proposant un gloubi-boulga d’influences et de styles au sein d’un album résolument anti-nostalgie et effet de mode, les Américains font un retour attendu dans un triomphe pétaradant.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Surf’s Up, That Dream (Shitty Beach), You Can Find Me, CDROM


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