Low – ‘HEY WHAT’

Low – ‘HEY WHAT’

Album / Sub Pop / 10.09.2021
Indie

La traversée d’un terrain hostile, et l’activation d’un instinct de survie pour piocher l’essence poétique face à une adversité menaçante. L’extraction de la magie au sein d’un territoire crépusculaire : voilà les impressions premières à l’écoute de HEY WHAT, treizième LP d’un groupe qui n’en a jamais signé de mauvais, en permanente réinvention, ovni musical qui trace depuis 27 ans sa route au dessus des océans, tout autant en survol qu’à la marge.

HEY WHAT continue d’arpenter les sillons creusés par son prédécesseur Double Negative : les possibilités proposées par la trituration du son dans ce qu’elles offrent de chaotique et de distordu, de puissance qui engloutit le reste. Ce qui résiste à l’adversité et à l’ensevelissement, c’est la pureté mélodique, en affrontement permanent avec ce magma sonore, dans une dualité qui offre à Low un nouveau terrain d’expression. Une unité étrangement bipolaire qui balaye l’ensemble du spectre sonore et musical, des harmonies en choeur d’une pureté cristalline aux saturations les plus écorchées. Quitte à craindre pour la survie de son équipement audio.

Dès l’introduction de White Horses, la couleur est annoncée : des brouillages sonores dans la continuité de ceux de Double Negative. Mais rapidement le son de guitare au métronome, et les voix – plus mélodieuses que sur le prédécesseur, plus pop également – marquent un changement, comme si les expérimentations de 2018 avaient été digérées et assimilées au reste de la discographie du groupe.

HEY WHAT est un album de contrastes maximums. Il y a dans la saturation l’idée de la ramener à ce qu’elle est : une surcharge, un excès à la limite du supportable, un point de non retour qui emporte et balaye tout sur son passage. Quelque chose qui nous dépasse et qui semble aussi dépasser émotionnellement les propres concepteurs de l’album. À l’opposé de cela, les voix de Mimi Parker et Alan Sparhawk amènent une luminosité éblouissante, la lueur de bout du tunnel, si tant est qu’on puisse en sortir. Mais le contraste ne se fait pas ici par alternance ou succession, mais par association simultanée : la lumière cohabite avec les ténèbres.

HEY WHAT a quelque chose d’une traversée qui prendrait place sous les décombres d’une ville détruite. Le terrain est miné, bombardé, hanté parfois, mais une pointe de magie vient toujours s’immiscer et s’inviter dans cet univers hostile. C’est pour cette raison que les titres les plus fulgurants de l’album sont ceux ou la dualité est la plus marquée : White Horses donc, mais également Days Like These et ses voix progressivement écrasées par la friture sonore, ses sons synthétiques émergeants en fin de titre, comme s’ils germaient sur un terreau de bruit blanc.

Les deux titres les plus forts de HEY WHAT sont les deux conclusifs. More, joyau de deux minutes qui nous fait appuyer sur replay, ses sonorités de guitare uniques et la voix de Mimi Parker aux ritournelles de comptines en fond sonore, sous forme d’un lalala enfantin écrasé par les bitcrushers, incarnation d’une résistance, invitation à danser dans les décombres.

L’album se conclut sur son titre le plus mélodique. BJ Burton, producteur et véritable troisième membre de ce nouveau trio (le bassiste Steve Garrington ayant quitté Low en 2020) y montre toute l’étendue de ses aptitudes. The Price You Pay commence par un duo Parker/Sparhawk à la douceur rassurante au dessus d’une scansion qui devient rapidement vacillante. Le son s’épaissit progressivement en orage, et le magma sonore, plus rythmé sur ce dernier titre par la grosse caisse-caisse claire, vient débarquer avec force tandis que le couple chante I Know It Sounds Absurd. Le potentiel live de ce titre est énorme, étant donné les vertus qu’a le duo de transcender son auditoire en concert, y compris pour transposer les prouesses électroniques de production. HEY WHAT se termine sur cette phrase chantée par un Sparhawk au sommet de son intensité lyrique : It Must Be Wearing Off. Cela doit s’estomper. Il est peu probable que l’intensité émotionnelle d’un tel album se dissipe rapidement.

VIDEO
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
White Horses, All Night, Days Like These, More, The Price You Pay (It Must Be Wearing Off)


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