Khruangbin – ‘Mordechai’

Khruangbin – ‘Mordechai’

Album / Dead Oceans / 26.06.2020
Pop funk psyché

Alors que le soleil se couche à l’horizon et qu’il emporte avec lui l’atmosphère trop sûre et prévisible de cette journée estivale, des couleurs frappantes de rouge et d’orange traversent le ciel, mettant en évidence les petits nuages ​​qui y sont appuyés. En dessous, la vaste mer bleu-vert cesse de refléter les étincelles du soleil et devient à la place une masse bleu marine sombre qui accueille un scintillement subtil. Plus loin, les baigneurs qui dominaient la plage des heures auparavant ont été remplacés par des groupes de personnes célébrant la nuit, profitant de la mystique passionnante qui l’accompagnait… Si la musique de Khruangbin était la BO d’un film, ces images en résumeraient la scène la plus marquante.

Lorsque les trois texans sont apparus pour la première fois avec The Universe Smiles Upon You en 2015, ils lançaient une nouvelle tendance en raison de leur prolifération de sons étrangers. Etrangers tant par l’unicité de leur approche que par le mélange des genres cool et sans frontières. Après Con Todo El Mundo en 2018, on pensait donc avoir compris la formule : les notes de basse de Laura Lee Ochoa sur la rythmique breakbeat de Donald Ray, embellies des riffs du guitariste Mark Speer.

Ce troisième album relie à merveille les caractéristiques établies, avec des murmures, chœurs feutrés et lointains – restés bien discrets jusqu’à présent, hormis sur le dernier EP Texas Sun – figurant en arrière-plan des vapeurs psychédéliques du trio. Mais ce n’est que le premier symptôme des changements qui se répercutent dans le groupe. Laura Lee a également décidé de dévoiler son nom de famille Ochoa après avoir crié le nom de son grand-père ‘Mordechai’ en sautant dans une cascade du haut d’une falaise lors d’un ‘rituel initiatique’… Cette expérience est inextricablement liée à elle ainsi qu’à l’album tant Khruangbin semble avoir trouvé un nouvel accent. Ainsi, au vagabondage propre à la transe qui s’échappe de sa musique, le trio a choisi de conjuguer la voix de Laura, offrant ainsi de nouvelles émotions à ses compositions. En témoigne Time (You and I), premier extrait de ce disque qui prend, sur près de six minutes, la forme d’un groove nomade et nostalgique. Au loin, des effluves d’une disco 70s rythment ce morceau qui chante la vie filant trop vite.

Connaissais de Face, avec sa guitare et son moog se mélangeant dans un style caribéen, est l’une des chansons de Mordechai qui présente le plus directement le changement de style du groupe. Ici transparaît l’attrait cinématographique de la musique de Khruangbin, tant les mots semblent aussi importants que le reste. Sur Father Bird, Mother Bird, les choses deviennent plus familières pour le seul moment du disque qui montre que le trio est toujours, en son cœur, le même que celui qui nous a attiré il y a cinq ans avec des rainures de pays étrangers. Les pistes suivantes signalent la transition vers un espace aérien étranger tout en conservant, en plus de leur nouvelle teinte, les contributions familières de chacun des membres.

Chez Mordechai, la nature vibrante de la musique n’est surmontée que par la conception colorée et surnaturelle de l’illustration de l’album, qui représente un aigle à l’air trippant planant sur un paysage hallucinant, aux couleurs pastel. Bien que le monde soit actuellement ancré, cet album illustre à merveille l’envol pris par le trio après des années de grain et de mouture.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
First Class, Time (You and I), Connaissais de Face, Father Bird, Mother Bird, So We Won’t Forget


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