Jay Electronica – ‘A Written Testimony’

Jay Electronica – ‘A Written Testimony’

Album / Roc Nation / 13.03.2020
Hip hop

Voilà 13 ans que Jay Electronica fomente son premier album, véritable anomalie tant il se dresse à contre courant total des modes de production du hip hop contemporain. Maintes fois annoncé, tout autant repoussé, A Written Testimony est le témoignage d’un rappeur issu d’une autre époque, comme conservé dans un glacier finalement brisé après plus d’une décennie. Son histoire pleine de spéculations, de mythes et d’hypothèses a laissé l’image d’un surdoué et d’un lyriciste au dessus du commun, qui n’a jamais vraiment fait du hip hop le centre de son existence. 

Au cours des dix dernières années, on l’a croisé brièvement sur quelques morceaux, le temps de couplets fugaces qui ont maintenu en vie les espoirs et la frustration. Sans un regard pour une carrière que beaucoup estiment gâchée, l’homme voyage, chute dans l’alcoolisme, se rend au Népal, cultive son mysticisme et entretient une liaison avec l’héritière d’un empire financier. 

Finalement revenu de tout après une composition et un enregistrement de 40 jours et de 40 nuits, il délivre ce premier album, troublante somme d’éléments composites, d’angles et d’humeurs disparates qui se télescopent le temps de 40 petites minutes. La voix de Jay Electronica – jamais pressé – se fait même attendre, et se pose enfin après un couplet de Jay-Z que l’on retrouve tout au long de l’album. Véritable figure tutélaire, il épaule et assiste ici son protégé de longue date, signé depuis près de 10 ans sur Roc Nation. 

Sans déposséder Jay Electronica d’une lumière tardive, le rôle de Jay-Z est pourtant déterminant, tant dans le dynamisme des couplets que les deux rappeurs s’échangent, que dans la composition des refrains qui cimentent plusieurs morceaux (Flux Capacitor et la conclusion mélancolique d’A.P.I.D.T.A). Blotti dans ce clair-obscur, entre mise en avant et retrait volontaire, Jay Electronica ne fait pas de son retour l’affaire d’une seule personne, et construit du même coup une autre narration sur un égocentrisme partagé. 

Au delà de cette surprenante mise en forme, l’album se distingue par une multiplicité de voix, de speechs, de boucles évasives et de samples denses qui vont et viennent au gré des pistes. Il s’agit alors de reconstruire une identité, maintenue mystérieuse pendant de nombreuses années, et qui opère ici par fragments, entre confessions personnelles et références spirituelles. Il revient ensuite à chacun de reformer la trajectoire unique d’un rappeur qui l’est tout autant, et qui fait de son retour un événement singulier nous laissant avec autant de questions irrésolues que de réponses ambivalentes.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Ghost Of Soulja Slim, The Neverending Story, Flux Capacitor, Ezekiel’s Wheel, A.P.I.D.T.A


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