Jason Molina – ‘Eight Gates’

Jason Molina – ‘Eight Gates’

Album / Secretly Canadian / 07.08.2020
Folk

Il arrive que les albums posthumes prennent des allures d’assemblages rafistolés, derrière lesquels on devine un projet marketing plus qu’un témoignage musical. On ne peut pas accuser le label Secretly Canadian de ce type de visée. Eight Gates a un caractère glaçant par ce qu’il incarne poétiquement, son allure testamentaire, son côté mémoires d’outre tombe qui donne à voir un homme habité par sa propre désintégration, les promesses manquées d’un avenir drapé dans une immense tristesse. ‘How could something be so Fallen appart?‘ se demandait déjà en 2008 un Jason Molina qui aurait eu bien des difficultés à trouver formule plus adéquate pour décrire le monde – avec une douzaine d’années d’avance.

Les huit portes du titre sont autant de sorties de secours invitant à un ailleurs, à une issue incertaine. L’artwork figure une boussole et deux murs, chacun ouvert en quatre endroits. Une référence au mur de Londres, ville dans laquelle le chanteur de Songs:Ohia a enregistré les huit compositions de cet album, à mi chemin entre l’EP et le LP (25 minutes au compteur). Derniers enregistrements solo du chanteur avant les profonds troubles liés à l’alcool qui auront raison de lui, Eight Gates est aussi brumeux que sa ville de référence. Molina traversait alors une période compliquée, oscillant entre errances au coeur de la capitale anglaise et hospitalisations liées à une morsure d’araignée particulièrement dangereuse, dont on ne sait si elle a vraiment existé ou si elle est à insérer dans le monde intérieur particulièrement troublé et obsessionnel de l’américain. C’est un témoignage de cette perdition qui nous est livré ici. Avec le recul, difficile en effet de ne pas lire des lignes telles que ‘Every Heartbeat, I Vanish’ (Be Told The Truth) sans y voir une intuition de fin de la part de son auteur.

La majeure partie de l’album est particulièrement épurée, peu orchestrée ou arrangée, à l’exception de quelques orgues et cordes. Une exception avec les titres Shadows Answer The Wall et Old Worry qui auraient eu leur place sur The Lioness, tant pour les sons de batterie et de clavier que pour leur puissance évocatrice. Jamais la voix de Molina n’est aussi belle que lorsqu’un contrepoint rythmique, même léger, lui sert de socle. Comme pour donner plus de grandeur à l’effondrement.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Shadows Answer The Wall, Old Worry


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