Iron & Wine – ‘Light Verse’

Iron & Wine – ‘Light Verse’

Album / Sub Pop / 26.04.2024
Folk

Sam Beam, l’esprit créatif qui œuvre derrière le nom d’Iron & Wine, s’est souvent représenté sur ses pochettes d’album. La figure emblématique, hirsute et densément barbue, reposait en paix sur un fond herbeux symbolique au son de la folk tranquille et intemporelle de Our Endless Numbered Days. Elle arpentait des paysages psychédéliques en orchestrant les ambiances intrigantes et fouillées de Kiss Each Other Clean, et semblait s’être recentrée sur sa propre histoire avec pudeur sur le dernier opus en date, Beast Epic. À leur façon, ces images ont accompagné la lente mais solide évolution musicale et personnelle de l’artiste au cours de la vingtaine d’années passée. Aujourd’hui, après avoir consacré la moitié de son existence à la musique, Beam a choisi de jouer avec la loi de la gravitation pour Light Verse, le septième chapitre du projet de sa vie qui jongle entre ces deux grands aspects de la maturité que sont la nostalgie et la sérénité.

Cette maturité, parfois synonyme d’inspiration tarissante, n’a pas fait bon ménage avec les années Covid pour l’Américain. Au contraire de beaucoup d’artistes, celui-ci s’est retrouvé mutique et paralysé par la situation pendant un long moment. Peu à peu heureusement, c’est en multipliant les collaborations et les tournées communes (Lori McKenna, Andrew Bird) qu’il a repris plume et guitare et écrit la version 2024 d’Iron & Wine, une version qui ne dépaysera personne tout en rassurant tout le monde. Quelques notes, slides et bends de guitare sèche, des percussions étouffées, une voix douce et harmonisée qui partage ses questionnements existentiels comme des secrets, You Never Know est là en introduction pour poser un cadre familier et lumineux. D’abord timide, le morceau déploie ses arrangements de cordes pincées et frottées pour un final ouvert, presque aventureux, que poursuit Anyone’s Game sur le ton enjoué du Iron & Wine de la fin des années 2000. De cette manière, l’esprit de The Shepherd’s Dog n’est jamais loin, lui dont la foisonnante instrumentation marquait une rupture dans une discographie jusqu’alors pleinement acoustique et tout en retenue.

Ce n’est pourtant pas l’audace stylistique d’autrefois mais bien cette fameuse maturité qui se retrouve au centre de l’album. Non pas qu’elle ait manqué par le passé – il n’y a qu’à se rappeler la sagesse d’un ‘petit’ morceau de 2005 intitulé The Trapeze Swinger pour s’en convaincre – mais à l’approche de son demi-siècle de vie, Sam Beam n’écrit plus comme sil avait vécu : il transcrit et interprète désormais la richesse de sa propre vie et celle des êtres humains qui l’ont croisée, fictifs comme réels. D’abord léger et joueur, le disque suit donc un cours tranquille en s’engageant ensuite dans une introspection où l’équilibre l’emporte sur l’incertitude. Les regrets hantent calmement la crépusculaire Taken By Surprise, avant que Tears That Don’t Matter ne se déroule comme une véritable odyssée orchestrale qui tourmente autant qu’elle transporte. Ballotté ainsi, on trouvera bien du réconfort en arrivant à la conclusion de l’album. Même si Angels Go Home semble refermer avec elle une part d’un profond mystère que la musique n’a fait qu’effleurer pendant quarante minutes, il reste à la fin un sentiment d’apaisement qui flotte dans l’air aux côtés d’une certaine silhouette barbue accrochée à son instrument de prédilection.

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A ECOUTER EN PRIORITE
You Never Know, Cutting It Close, Tears That Don’t Matter

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