Iceage – ‘Seek Shelter’

Iceage – ‘Seek Shelter’

Album / Mexican Summer / 07.05.2021
Indie rock

Dès son premier album sorti il y a maintenant une dizaine d’années, Iceage a su se positionner en ambassadeur d’un noise punk à la fois novateur et intransigeant. Mené par Elias Bender Rønnenfelt, son charismatique leader au songwriting emprunt d’un nihilisme des plus poétiques évoquant parfois de celui d’un Jim Morrison désabusé, celui-ci est également connu pour ses prestations habitées et brutales, dévoilant sur scène une énergie cathartique sans commune mesure dans le paysage musical actuel.

Faisant suite à l’excellent Beyondless (2018), ce cinquième album se voit – lui – bénéficier des miracles du fantastique Peter Kember à la production (MGMT, Panda Bear, White Noise Sound, Cheval Sombre…), ainsi que d’un guitariste supplémentaire en la personne de Casper Morilla Fernandez. Ce parti pris permet au groupe danois d’achever sa métamorphose, dont les prémices étaient déjà perceptibles au sein des deux précédents albums.

En cela, l’entame Shelter Song constitue une introduction bien menée à l’album en dessinant à elle seule ses contours. Dès les premières secondes d’écoute, on se rend rapidement compte que la frénésie qui faisait toute l’efficacité des premiers opus semble s’être évanouie, laissant la place à une volonté délibérée de changement, davantage tournée vers la lumière, l’amour et l’introspection. Ainsi, le titre de cinq minutes étonne, allant même jusqu’à évoquer Pavement tant la voix de Rønnenfelt respire la paisibilité. Dans la même veine, on retrouve la magnifique Love Kills Slowly et son déploiement de chœurs façon gospel qui ajoute encore plus de profondeur musicale à un opus déjà bien plus complexe que tous ses prédécesseurs. Drink Rain, splendide balade amoureuse, ne fait qu’enterrer un peu plus les espoirs de retrouver l’Iceage ‘d’avant’. Cependant, l’incroyable qualité de son exécution, notamment via l’intégration ingénieuse de cuivres, vient sublimer un peu plus ce qui constitue l’une des pièces maitresses de cette œuvre.

Au milieu de ces compositions originales se distinguent tout de même d’autres morceaux qu’il serait regrettable de ne pas mentionner. Vendetta, notamment, sur lequel on retrouve toute l’énergie du quintet, en plus de la fougue nonchalante de son leader, mais cette énergie se trouve plus condensée, moins anarchique que par le passé. Le titre se différencie assez du reste de l’album, mais il ramène aux premiers sentiers foulés par le groupe. High & Hurt et sa ligne de basse instantanément efficace ainsi que l’habile progression qu’elle déploie tout au long de ses quatre minutes n’en demeure pas moins percutante.

Iceage a bel et bien achevé sa métamorphose, passant de l’ombre à la lumière en même temps qu’il se range du côté du rock. Moins agité que ses prédécesseurs, plus mûri et réfléchi, cet album se positionne instantanément comme un indispensable de ce milieu d’année 2021, et laisse entrevoir des perspectives intéressantes concernant un groupe qui, depuis les années 2010, s’évertue à innover et fasciner, peu importe le style dans lequel il évolue. Avec ce nouveau Seek Shelter, Elias Bender Rønnenfelt serait-il passé de la position du nihiliste à celle du médecin de l’humanité, à la manière d’un Zarathoustra du rock indépendant ?

VIDEO
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Vendetta, High & Hurts, Drink Rain


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