Hide – ‘Seven Heaven’

Hide – ‘Seven Heaven’

Album / Ditto Music / 14.04.2023
Indie rock

En 12 titres et plus de 45 minutes, Seven Heaven offre la vision romantique d’un musicien refusant la versatilité et la précipitation dans lesquelles ce monde nous entraîne irrémédiablement. Loin de sacrifier aux tendances actuelles, il y est question d’amour et de prendre son temps. A l’heure où l’on parle beaucoup mais où l’on écoute peu, Hide se donne en effet le temps d’alterner des morceaux courts d’indie rock, toutes guitares en avant, et d’autres plus longs et introspectifs, flirtant parfois avec le folk.

Le pari est osé à l’heure du scrolling et du zapping que peut imposer le flot déroutant des nouvelles productions musicales. Mais le temps n’étant pas que de l’argent, Seven Heaven mérite qu’on y retourne, et chaque écoute vient confirmer la travail d’orfèvre qu’opère Alban, compositeur et multi-instrumentiste du groupe, déjà croisé chez The Limiñanas et de l’Epée qu’il accompagne sur scène aux cordes, claviers et chœurs. Comme des clins d’œil, l’introduction de Letters (sur lequel on est prêt à parier gros) ou la voix féminine suave posée sur Moscou Nice seront familières aux aficionados de ces deux formations.

Mais l’album ne saurait se réduire à ces seules influences puisqu’il y a comme évidence une filiation et une urgence rappelant tantôt les Arctic Monkeys (et plus généralement ce rock anglais du début des années 2000), tantôt des arrangements et des subtilités lorgnant vers quelque chose de plus ciselé, avec un timbre qui, toujours en anglais, pencherait finalement plus vers Miles Kane qu’Alex Turner. La voix, justement, singulière avec ce timbre grave et raffiné, est clairement mise en avant là où elle pouvait paraitre un peu plus effacée sur le premier EP du groupe, Mono & Decrease, sorti en 2021. Les morceaux les plus calmes, comme Magic Crossroad, Dust & Ashes ou Walk lui donnent ici toute sa dimension.

Si les guitares prédominent sur la plupart des morceaux, chaque composition fait l’objet d’une multitude d’arrangements, entre les claviers qui partent dans toutes les directions (voire dans les sonorités du Morrisson Hôtel des Doors sur Magic Crossroad !) et des chœurs hymniques (My December Dream). Amateur d’épure musicale, passez donc votre chemin, ici les chansons sont loin d’être dépouillées. Elles sentent le travail mais pas la prouesse technique, la maîtrise mais pas la virtuosité. C’est là toute leur richesse, l’essentiel qui fait qu’elles rentrent et restent dans la tête, jusqu’à donner l’envie de danser, comme sur Summer & Smoke et sa basse groovy.

Seven Heaven, qui fait la part belle à des textes inspirés, est finalement un projet très cohérent, qu’illustre la place donnée à l’habillage sonore d’un album entièrement enregistré en analogique. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si ce passionné de photo qui travaille à l’argentique embarque l’auditeur dans un environnement qui pourrait parfaitement constituer la bande-originale d’un Paris-Texas. Avec cet album cinématographique et contemplatif, tout est bien question de temps. Et la boucle est bouclée.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Letters


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