Heather Trost – ‘Petrichor’

Heather Trost – ‘Petrichor’

Album / Third Man / 06.11.2020
Psyché expérimental

Heather Trost n’en est pas à son premier coup d’essai. Violoniste et chanteuse au sein du groupe A Hawk And A Hacksaw, elle a également collaboré avec Beirut et Swans. Mais Petrichor – son troisième album solo – a quand même une aura particulière. C’est en effet le premier à sortir sur Third Man Records, le label du grand touche-à-tout-manitou Jack White. Cela ne peut qu’augurer un bond en avant dans la notoriété de l’Américaine. Et il était bien temps ! Parce que nom de nom, ça s’apparente à un crime contre l’humanité de passer à côté d’une pépite pareille. La voix angélique de Trost est mise au service d’une vision pop imaginative et méditative, qui ose parfois même s’aventurer sur des terrains expérimentaux. Une seule chose à dire : en plein dans le mille.

Avoir son propre studio chez soi pour enregistrer, c’est bien. Avoir un mari producteur et batteur du groupe Neutral Milk Hotel, c’est encore mieux. Quand on fusionne le tout sur un album collaboratif, on atteint alors des sommets de grandeur. Reclus dans leur studio au Nouveau-Mexique, les multi-instrumentalistes Heather Trost et Jeremy Barnes s’entendent donc en amour comme en musique cosmique.

Petrichor – pour les curieux, c’est le terme donné à l’odeur particulière que prend la terre après la pluie – voit Trost s’éloigner de ses influences folk. Fini aussi l’hommage au son des Balkans qu’on pouvait rencontrer dans ses sorties antérieures. On a droit ici à du psyché pur et dur, comme le laisse présager le titre d’introduction Let It In. Si vous cherchez ce qui ressemble à une expérience hors du corps, écoutez donc cette voix tremblotante posée sur des nappes de synthé oscillantes ! Love It Grows est quant à lui le single phare de l’album. Sa mélodie ensorcelante est celle qui arbore probablement au mieux le ton quasiment mystique de Petrichor. Et ce petit chorus poétique chanté en français, c’est la cerise sur le gâteau.

L’Américaine sait donc manier les codes du psychédélisme rétro sixties à la perfection. Mais c’est aussi pour mieux les détourner et se les accaparer. Elle reste une artiste avant-garde dont le souhait est de ne pas proposer une œuvre trop lisse et convenue. Jump Into The Fire – sa cover d’Harry Nilsson incorporant violon discordant, batterie approximative et drone – est une version azimutée du hit des années 70. Histoire d’insister dans la bizarrerie, le morceau est suivi par les 9 minutes du planant et expérimental VK09.

La réelle percée médiatique d’Heather Trost se faisait un poil attendre. C’est en partie un manquement réparé avec la sortie remarquée de ce nouveau disque. Trouvant le parfait équilibre entre musique difficile d’accès et nouveau psychédélisme pas piqué des hannetons, l’artiste signe l’album idéal et réconfortant qui permet d’endurer plus facilement les affres de cette fin d’année.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Let It In, Love It Grows, Jump Into The Fire, VK09


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