Harp – ‘Albion’

Harp – ‘Albion’

Album / Bella Union / 01.12.2023
Folk mystique

En botanique, comme dans la plupart des choses qui nous composent et nous entourent, tout est une question de cycle : le passage des saisons, de la floraison à la fanaison, la mort et puis la vie comme autant de graines semées au gré des vents. Ce n’est donc sans doute pas un hasard si Tim Smith, ex-leader de Midlake, revient aujourd’hui avec un projet annoncé il y a plus de dix ans en compagnie de sa femme, Kathy Zung, pour nous livrer l’un des plus beaux disques de l’année, derrière son apparente simplicité et son charme suranné.

Dès I Am The Seed, justement, le terreau posé avec la magnétique introduction The Pleasant Grey offre un vivarium idéal d’où vont pouvoir germer des mélodies et des chansons qui semblent sortir d’un autre âge. De l’Antiquité – l’apparition du terme d’Albion pour désigner l’Angleterre – à la Renaissance – pour l’esthétique et les costumes travaillés sur les photos promo et dans les clips –, Harp semble entraîner dans son sillage tout ce qui se réfère à une portée mystique et surtout profondément romantique. Un romantisme qui s’incarne pourtant, dans les sons, plutôt dans l’esthétique eighties tendance cold-wave et ethereal, avec ses guitares noyées de réverbérations, son chorus omniprésent, ses voix chaudes et ses discrètes nappes de synthétiseurs analogiques.

On pourrait reprocher au projet sa palette de couleurs plutôt restreinte, teintes blêmes qui savent aussi se faire chatoyantes dans leurs obscures clartés, pour citer le célèbre oxymore de Corneille. Ce n’est donc sans doute pas un hasard si Albion est publié par Bella Union, label de Simon Raymonde et Robien Guthrie (Cocteau Twins) déjà maison-mère de Midlake. La parenté est ici assumée, dans ses univers cotonneux et désuets, avec ses sons fondants, son approche envoûtante et ses paroles teintées d’ésotérisme. Au cœur de celles-ci : les blessures, les constats d’échec, une grande fragilité. Et l’espoir, aussi, niché dans les recoins les plus noirs. En proposant ainsi des incursions du côté des territoires les plus glacés du post-punk, Tim Smith et Kathy Zung se heurtent à quelques murs de références, à commencer peut-être par The Cure, dont le One Hundred Years qui ouvrait son mythique Pornography trouve ici un écho certain dans Throne Of Amber. Dans le monde des doubles, la sublime Shining Spires a aussi peut-être plus à voir avec How To Disappear Completely de Radiohead qu’avec une réelle composition originale, et pourtant : cela n’en fait pas moins de grandes chansons. Dans l’incapacité de se défaire de ses obsessions premières, Harp démontre que cela constitue, chez lui, peut-être plus une qualité qu’un handicap.

D’une rare cohérence – puisqu’ils usent de tonalités, de textures et de structures très similaires les uns vis-à-vis des autres –, ces douze morceaux s’appréhenderaient presque comme un seul titre-fleuve, voyage annoncé vers un Albion fantasmé, comme à l’époque de la grande tradition poétique britannique sur une terre peuplée de bardes et de fabulistes. Le tout parsemé de relents presque new-age qui fascinent plus qu’ils ne se prêtent à la dérision, à la façon d’un retour aux premiers travaux alchimiques ; le plomb comme poids du passé devient ici véritablement or, prêt à briller pour éclairer les années futures, loin de tout obscurantisme. Un vrai beau disque d’hiver.

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A ECOUTER EN PRIORITE
I Am The Seed, Daughters Of Albion, Chrystals, Shining Spires, Throne Of Amber


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