Grandaddy – ‘The Sophtware Slump…. On a Wooden Piano’

Grandaddy – ‘The Sophtware Slump…. On a Wooden Piano’

Album / Dangerbird / 20.11.2020
Pop acoustique

Les crashes de logiciels, la déchéance des machines, les robots détraqués ont un rapport fascinant avec l’esthétique pop. De la mort de HAL dans 2001 L’Odyssée de l’Espace à la claque infligée au genre par OK Computer, la thématique est suffisamment dense… Rien d’étonnant qu’elle ait aussi intéressé Grandaddy, qui a presque monté ce dysfonctionnement des machines en esthétique. D’ou le projet fou de cet album anniversaire : le rejouer sur un simple piano de bois aux cordes qui frisent, en conservant le caractère DIY propre à la bande de Jason Lytle, mais en lui retirant cette atmosphère faite d’arpégiateurs, de sons broyés, sur lesquels se construisait la mélodie et la voix, alors quelque peu en retrait.

Ici les deux instruments – la voix, et le piano de bois à peine épaulé d’un synthétiseur – donnent toute leur force au songwriting. Le chanteur californien, au timbre plus affirmé que vingt ans en arrière, utilise quelques pédales d’effets vocaux pour recréer subtilement le sentiment de perte de repère induit par les machines. Alors, on assiste presque à une réécriture de l’opus dont les moments forts ne sont pas nécessairement les mêmes que sur l’original, à l’exception de He’s Simple, He’s Dumb, He’s The Pilot, figure de proue restée somptueuse ici, comme en atteste le jeu d’effets en fin de piste.

Si l’on découvrait l’album tel quel, pour la première fois, la claque serait plus grande encore. Les titres n’ayant pas été composés avec cette finalité solitaire, cette nouvelle interprétation leur fait gagner en singularité. Car on n’est pas ici face à de classiques ballades en piano-voix. Hewlett’s Daughter, par exemple, qui conserve son caractère pop dans la ligne mélodique, est présentée dans un épurement neuf réinvestissant le morceau vers des sentiments plus sombres, presque à l’opposé de sa tonalité initiale. Ainsi contées dans le plus grand dépouillement, les aventures de l’humanoïde Jed sont également chargées de plus d’humanisme. La simplicité générale rend ainsi l’ensemble plus poignant encore qu’en l’an 2000.

L’isolement – élu sentiment de l’année 2020 – est palpable rien qu’à la vue de la pochette du disque, l’extérieur servant ici de partition, et par effet domino, de sol sur lequel repose le piano. A ce titre, il est amusant que The Sophtware Slump On A Wooden Piano sorte le même jour qu’un projet proche : Idiot Prayer, version piano solo par Nick Cave d’une sélection de ses titres. Tous deux offrent ainsi deux approches radicalement différentes – du piano de bois au piano à queue de concerto, de l’appartement isolé au palace victorien – visant à l’expression de l’isolement et de la solitude.

Un effet madeleine de Proust plane ici de long en large. A travers ces réécritures, c’est également le passage du temps qui s’exprime. Comme un regard vers le passé ou la nostalgie le disputerait à la mélancolie. Il n’est plus question de chercher un nouveau son, mais de revivre par le souvenir. En terme de mémoire, le final de ce Sophtware boisé, une version quasi funéraire de So You’ll Aim Toward The Sky, est magnifique. Difficile de ne pas y entendre un hommage bouleversant à Kevin Garcia, bassiste disparu en 2017, tant Lytle semble affecté. Vingt ans après, en affirmant la charge mélodique de ses anciens titres, Grandaddy découvre encore de nouveaux sommets.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
He’s Simple, He’s Dumb, He’s The Pilot, Broken Household Appliance National Forest, So You’ll Aim Toward The Sky


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