Foals – ‘Everything Not Saved Will Be Lost, Part 2’

Foals – ‘Everything Not Saved Will Be Lost, Part 2’

Album / Warner / 18.10.2019
Rock

En livrant Everything Not Saved Will Be Lost Part 2, Foals offre une fin d’une intelligence et d’une densité rares à son odyssée entamée au printemps. Les deux disques se complètent, se répondent et s’intriquent avec subtilité et évidence, faisant de ce double album une épopée magistrale de notre temps, aussi onirique qu’engagée.

Au titre des comparaisons, les deux possèdent le même nombre de morceaux, sont composés comme deux face A/Face B aux atmosphères bien marquées, martèlent une sémantique de fin du monde centrée autour du départ, de l’obscurité, de l’autre, et de la chute, sont traversés deux fois par de petites pistes oniriques, et chaque fois introduits par deux titres – une énigme, à ce niveau de maturité et de maîtrise – dont la transition est bancale, voire carrément gênante (Moonlight/Exits et Red Desert/The Runner).

Au registre des intrications, on se doutait qu’au fragmentaire Surf Part 1 répondrait un titre complet : Into The Surf confirme l’intuition et forme certainement la clé de voûte de l’ensemble. Le piano profond et désabusé de I’m Done With The World trouve un écho dans les arpèges d’Ikaria. On regrette seulement que les sonorités afro-beat (et la présence de Tony Allen) de Cafe d’Athens ne trouvent pas de suite, mais ce titre mystérieusement lyrique du premier opus acquiert une importance nouvelle dans le pont Angleterre-Grèce clairement assumé dans cette Part 2.

En effet, le pari réussi de Foals est d’avoir su créer un extraordinaire diptyque, dont l’homogénéité et la complémentarité sautent aux oreilles dès la première écoute, malgré les six mois qui séparent la publication de chaque volume. On ne cherchera pas plus d’originalité formelle dans le son de cette seconde partie que dans celui de la première, la ‘surprise’ la plus importante venant du long Neptune en partie improvisé qui conclut l’album. Mais le groupe réussit un exploit narratif singulier, en nous rejouant l’Illiade et l’Odyssée au temps de l’effondrement. Après la colère, les dénonciations, et les combats de la première partie, Everything Not Saved Will Be Lost Part 2 dialectise sa fin du monde en deux temps : un premier, au son résolument rock, est une injonction au changement; le second, plus sensuel, un regard mystique sur nos origines méditerranéennes (au moins celles, grecques, de Philipakis).

Ainsi, dans une première moitié d’album très Foals aux dires mêmes de son leader, The Runner invite à se dépouiller de notre part sombre, puis Wash Off, après son intro rappelant immanquablement Inhaler, accompagne d’une impeccable montée (wow ce petit motif épileptique répété à l’infini et ces choeurs obstinés) la marche du nouvel homme libre, avant que le surpuissant et basique Black Bull n’aborde le thème (si cher à Idles) de la masculinité toxique et autocentrée. Like Lightning conclut cette première partie tonitruante, par les riffs de vieux blues sudiste.

L’Odyssée de Foals commence vraiment dans la seconde partie. La Grèce, l’exil, le retour (sur soi comme sur sa terre) en sont les thèmes centraux et le groupe les aborde avec mélancolie et rêverie. Après Dreaming Of, transition à la pop simple (plutôt bavarde) et évolutive, Ikaria marque l’entrée dans une fin d’album à la narration admirable et obsédante : 10 000 Feet est une chute, une métamorphose, un recommencement porté par une rythmique retenue, des guitares abrasives, et la voix haute et implorante de Philipakis, quand Into The Surf flirte avec lyrisme du côté de la dream, abordant le thème de la peur et l’indignité de mourir loin de chez soi du héros antique. Son articulation est brillante avec Neptune, le titre final épique, traversé d’un long jam aux guitares trépignantes, l’ensemble finissant de propulser l’auditeur, au bout de dix minutes de montée, vers les sommets où trône le groupe, qui ne semble pas devoir descendre de si tôt.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
The Runner, Wash Off, 10 000 Feet, Into The Surf, Neptune


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