El Michels Affair meets Liam Bailey – ‘Ekundayo Inversions’

El Michels Affair meets Liam Bailey – ‘Ekundayo Inversions’

Album / Big Crown / 13.08.2021
Reggae augmenté

Difficile de comprendre le sens et les intentions de ce El Michels Affair Meets Liam Bailey. Ca ne restera pas l’énigme de l’été, certes, mais on a beau écouter et réécouter Ekundayo Inversions, on ne peut que s’interroger sur ce que Leon Michels a ajouté de plus à l’excellent album que Liam Bailey avait fait paraître un an auparavant sur son label Big Crown.

En 2020, donc, année étrange, Liam Bailey intègre Big Crown, le label de El Michels Affair (Menahan Street Band), et sort Ekundayo (ce qui signifie à peu près ‘la tristesse se change en joie’ en yoruba), un album d’une classe incroyable, oscillant avec clarté et virtuosité entre reggae, dub et RnB, usant d’un minimum d’effets pour un maximum d’efficacité. C’est peu de dire que sa réception fut discrète de ce côté-ci de l’Atlantique.

Est-ce ce problème d’indifférence, ou de timing, ou simplement l’ennui des confinements à répétition, qui a donné envie à l’hyperactif El Michels Affair, son producteur, de s’occuper de rendre le lustre qu’il méritait à cet album ? Avec tout son talent et son goût pour les encorbellements funk et afrobeat, il ajoute à l’aérien Awkward un roulement drum’n bass, des cuivres sur Faded (Paper Tiger), délaye la voix de Bailey régulièrement dans des échos rêveurs, fait appel à des guests de luxe ( Lee Scratch Perry sur Ugly Truth et Black Thought de The Roots sur Conquer and Divide). Le résultat est là : à l’âpreté et l’intimité des émotions de Ekundayo, Leon Michels ajoute de la lumière et de la fluidité… au risque de dénaturer le projet initial.

Au-delà de l’idée de refaire parler de l’album, il est en effet difficile de comprendre l’objectif artistique du producteur. Ekundayo est un album parfaitement équilibré, intègre, qui ne méritait pas qu’on y retouche. Les reprises d’El Michels Affair apparaissent dès lors comme du maquillage, jamais tout à fait justes, jamais évidentes. Et Leon Michels donne l’impression d’un démiurge s’arrogeant des droits sur sa production, s’attribuant à mi-mots la propriété de l’œuvre, dans cet intitulé El Michels Meets Liam Bailey, ni feat, ni remasterisation, reléguant le créateur au rôle de partenaire. 

Le geste semble de prime abord assez maladroit, mais le procès du producteur l’est tout autant. On ne peut lui reprocher de défendre à sa manière un album et un artiste de son label, et on notera que la chose est assez courante dans le reggae où l’art de la version est un hommage rendu et la reconnaissance du talent et de la force d’un artiste. Reste que dans ces Ekundayo Inversions, l’implication d’El Michels Affair reste palote au regard du rayonnement de l’album original. Et c’est finalement une bonne chose : méfiez-vous des imitations, et préférez toujours l’original à la copie.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Amazing Women, Angel Face, No One Else, Ugly Truths, Awkward (take2)


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