Eels – ‘Earth to Dora’

Eels – ‘Earth to Dora’

Album / E Works / 30.10.2020
Pop

La tendance s’installait déjà lors du précédent album, elle se confirme avec Earth To Dora : Mark Oliver Everett, leader de Eels, est devenu optimiste. Sa musique a définitivement glissé vers une pop faite de ballades apaisées et lumineuses, et son (désormais) indéfectible plaisir est contagieux.

Souvenez-vous de ce qui rendait Eels si attachant à ses débuts, puis lassant à la longue : un art inné des petites trouvailles sonores miraculeuses collées artisanalement, une voix pierreuse éperdue, et une tendance cyclothymique qui le faisait alterner albums euphoriques et dépressifs. La richesse de son spectre musical, du blues gras sudiste à la balade carillonnée, réussissait à emporter nos doutes à chaque apparition. Puis on a senti la résilience avec la figure du père, si encombrante jusque là, dans les textes susurrés de Cautionary Tales of Mark Oliver Everett, et craint que The Deconstruction ne soit finalement le chant du cygne d’un compositeur dont les troubles ont toujours été la matière brute. Mais E. est un phénix, et Earth To Dora est un camouflet à ceux qui pensaient que la sérénité signerait l’arrêt de sa créativité.

On ne cherchera pas de nouveauté musicale dans cet album : on y retrouve des carillons, des basses profondes, une rythmique sautillante, des orgues ronflants, des guitares déliées, quelques boucles lo-fi. Mais quel talent malgré tout pour nous accrocher encore et renouveler le plaisir… En 25 ans de carrière, le californien a élaboré une oeuvre reconnaissable dès les premières notes et les premiers mots. Chacun des titres qui composent Earth To Dora devient immédiatement familier, rejoignant sur un coin de cheminée l’immense collection de celles qui nous ont déjà fabriqué des souvenirs. Ce qui change, et nous ravit aujourd’hui, c’est que les doutes, les erreurs, les frustrations, les pertes qui traversent ses récits ne valent plus pour eux-mêmes mais, détournés, forment le terreau de son épanouissement.

Au milieu de ce répertoire linéaire de promenades doucement électrifiées ou délicieusement acoustiques, toujours harmonisées de cordes parfaites (son talent en la matière n’est plus à démontrer), OK est une déclaration étrange, quasiment parlée, épicurienne, qui se termine ainsi et donne son sens à l’ensemble :
And I don’t know what anything means anymore
And I don’t know anything for sure
But I know its another day
And I’m okay

Everett a longtemps marché contre ses fantômes, voulu lutter en vain contre ce qui lui échappait. Aujourd’hui, il se tient debout, se laisse porter, et recouvre les aléas de la vie d’une ironie bienveillante et d’une grande relativité. Le fantôme de Anything For Boo est aussi gentil que Casper, il ne terrorise pas les amoureux sous la couette, la jalousie de l’homme esseulé de Are You Fuckin Your Ex est tournée en ridicule, et Baby Let’s Make It Real ou Waking Up sont des invitations à simplement profiter du miracle de l’instant. L’album, dont aucun titre ne fait d’ombre au suivant, permet de se glisser sans heurt dans la douceur confortable de ses mélodies. Mark Oliver Everett côtoie secrètement les étoiles et, l’air de rien, nous en confie la lumière.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Anything For Boo, Who You Think You Are, Are You Fucking Your Ex, OK, Waking Up


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