Earl Sweatshirt – ‘SICK!’

Earl Sweatshirt – ‘SICK!’

Album / Tan Cressida / 14.01.2022
Hip hop

Un peu moins de 10 ans après Doris et ses débuts en solo, Earl Sweatshirt poursuit son petit bonhomme de chemin à l’ombre du succès, des festivals, des featurings ronflants et de l’armée de producteurs squattant tour à tour les studios. A l’heure où Tyler The Creator convoque DJ Drama et Pharell pour ouvrir son coeur au monde, son comparse d’antan semble – lui – le refermer, collectant des bouts d’intimité et des samples fatigués venant habiller les recoins sombre d’une discographie toujours aussi passionnante. 

‘Why ain’t nobody tell me I was sinkin’ ?’ questionnait-il déjà sur l’ouverture de Some Rap Songs. Quelques années plus tard, la question reste confuse, et il faut creuser dans les textes du rappeur pour collecter des bribes de réponses au milieu d’une paternité nouvelle et d’une crise sanitaire mondiale. Si ce contraste nouveau suscite autant de doutes que d’espoirs, il s’ajoute à la dépression, à des relations familiales compliquées, à des décès soudains. Autant de mésaventures qui animent depuis longtemps ses textes, ses thèmes et son flow, sa voix usée faisant ressurgir images d’outre tombe et inquiétudes profondes au détour d’une rime cryptique. 

Avec SICK!, le californien souffle légèrement sur la fumée planant depuis un moment sur ses productions. Les rythmiques sont plus marquées, le son plus clair, plus ample, soutenu par des sonorités abstracts (le single 2010 et sa boucle façon Antipop Consortium), comme un piano qui s’enfonce dans des choeurs lointains sur Visions où Earl est soutenu par Zelooperz (doux dingue du Michigan, et membre du crew de Danny Brown). Un peu plus loin, c’est Armand Hammer qui vient prendre le relai aux côtés du Mc avec Tabula Rasa. Encadré par les voix apocalyptiques de Billy Woods et d’Elucid, porté par un sample jazzy, l’ex-Odd Future semble chercher dans ces sonorités et ces soutiens un nouvel élan et de nouvelles directions à prendre. 

Au milieu de cette constellation, Earl l’introverti, à l’éternel hoodie et à la mine triste, se dirige ici vers une forme d’apaisement. Impossible pour autant d’y voir la fin d’un chapitre tant l’ensemble reste instable. Le fond y est pourtant différent, portant par ses échappées l’espoir d’un changement intime. La musique, elle, demeure cet instantané en clair obscur, aussi bref qu’intriguant, qui continue à placer Earl Sweatshirt au centre de son propre royaume, avec ses règles, son langage et l’entièreté jamais démentie de son talent. 

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A ECOUTER EN PRIORITE

2010, Vision, Tabula Rasa, Lye, Fire In The Hole

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