Drache – ‘Drache’

Drache – ‘Drache’

Ep / Mauvais Sang / 07.11.2020
Indie hip hop

Pisser bien fort dans un violon. A l’image du message subliminal suggéré par la pochette du premier EP de Drache, on pourrait se poser la question du réel impact de productions artistiques ‘engagées’ sur le changement social en 2020. Et pourtant, que faire d’autre que d’essayer d’’écarquiller l’iris’ quand-même, et d’appeler à une prise de conscience générale sur le monde déglingué qui nous entoure, et ce, en dépit de la résignation ambiante ?

Ce programme, le jeune rappeur-beatmaker manceau l’a fait sien, sans illusions naïves, mais sans faux-semblant non plus, s’incluant lui-même dans la critique qu’il porte comme on porterait un étendard élimé par des années de bourlingue aux quatre coins du monde. Suite à des études d’anthropologie, Drache a en effet connu l’engagement ‘humanitaire’ au Burkina Faso, au Cambodge ou au Congo-Kinshasa. De cette expérience, il a construit une vision distanciée et lucide de l’aide internationale, loin de tout angélisme et de tout manichéisme réducteur. Drache aime donc appuyer là où ça fait mal, porté par un phrasé froid mais sonore, toujours un peu trainant, comme s’il se réveillait en permanence d’un mauvais rêve.

On retrouve logiquement cette même exigence critique dans les textes de ce EP. Pamphlet au Miel ricane contre l’engagement artistique facile, Plonger démonte les clichés ‘exotiques’, Héritiers fustige le déni de la reproduction sociale et l’hypocrisie des discours sur le ‘mérite’. L’humour, l’ironie et l’auto-ironie pointent là où il faut, comme dans Dystopie Mon Amour, portrait d’un nerd qui se rêve en Rex-Imperator de la Creuse suite à une lecture monomaniaque de Foucault. La pièce-maîtresse du EP, Fragile, va elle flirter avec l’anti-psychiatrie, inspirée par les écrits du sociologue américain Erving Goffman, qui a observé de l’intérieur les conditions de vie des patients d’asiles psy dans les années 50.

A l’écoute du refrain de ce long morceau de bravoure, où répétitions et enchaînements incantatoires traduisent aussi bien le monde de la folie institutionnelle que le fond des textes eux-mêmes, on se dit que Drache tient là quelque chose de bien à lui, même s’il reste globalement dans le sillon indie-rap de son collègue de label Monsieur Saï, déjà chroniqué sur ce site. Les coups de semonce très power electronics des instrumentations, grinçantes à souhait, finissent de compléter ce tableau bien noir, écrin parfait pour la morgue désabusée exprimée dans les paroles. Espérons que pour la suite, l’urgence de cet essai soit transformée en une proposition encore plus dynamique et rageuse, à l’instar de certaines prestations scéniques du bonhomme. Avec cet EP, Drache a en tous cas jeté le gant. On est maintenant impatient de savoir comment il va relever le défi qu’il s’est donné à lui-même.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Plonger, Fragile, Dystopie Mon Amour


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