Dan Deacon – ‘Mystic Familiar’

Dan Deacon – ‘Mystic Familiar’

Album / Domino / 31.01.2020
Rock expérimental

Certains artistes alignent les albums frisant l’excellence, sans pour autant rassembler les foules ou déchainer les passions. Au contraire par exemple de Tame Impala qui semble se fourvoyer depuis Currents mais rameute un plus public toujours plus large, Dan Deacon apparaît aujourd’hui comme un des musiciens les plus mésestimés de sa génération. Artiste prolifique, habitué des digressions en tout genre (les récentes bande-son du film Rat Film en 2017 ou celle fantastique de Time Trial en 2018), le joufflu américain nous propose avec Mystic Familiar son premier projet solo depuis 5 ans.

Et ça commence fort. Un déluge de notes de pianos sur Become A Mountain, parcouru de murmures et un finish orchestral orgasmique arrachent d’emblée des frissons. Si l’on s’approche de la magnificence d’America, ce morceau onirique témoigne aussi d’un changement significatif dans l’approche de Dan Deacon sur Mystic River. Les effets sont réduits à leur minimum et sa voix est étonnamment dépouillée, révélant un caractère charnel inattendu.

Nous assistons donc à un moment charnière. De son propre aveu, le Dan de 2020 se sentait émotionnellement vulnérable ; sentiment qu’il a désiré transposer au travers de sa musique, de ses paroles, mais aussi par une production et une instrumentation plus épurée. Si Become A Mountain, son piano et sa voix sans effets, contraste avec des morceaux traditionnellement noyés de synthés et de déferlantes de batterie, le superbe enchaînement d’Hypnagogic et Sat By A Tree lorgne davantage du côté de ses fondamentaux. Et c’est vraisemblablement le seul bémol à épingler sur ce disque : il pêche par manque de cohérence.

La partie centrale composée de 4 parties, Arp, met en lumière son talent de composition. Des rythmes effrénés soutenus par une voix plus brute nous projettent vers les habituelles balades oniriques et effrénées. On flotte en apesanteur avant d’être parachuté dans un paysage digne du jeu vidéo Sonic (pour les trentenaires-quarantenaires d’entre nous). Le rythme devient endiablé et nous éjecte dans un paysage où la petite boule bleue parvient presque à sortir le renardeau de l’écran, dans un looping sans fin. Pourtant la fin est sombre. Les saxos dissonants d’Arp III nous plongent dans une ambiance pesante, avec des traitements de voix plus coutumiers, des déferlantes de synthés et de rythmes. Cette pièce maîtresse, à l’instar d’USA sur America, est le cœur de Mystic River. Pourtant contrairement à America, une impression d’inégalité domine. D’autres morceaux confinent par contre au sublime. Les cordes délicates de Weerping Birch s’érigent en reposoir absolu, comme si Dan invoquait de tous ses vœux un calme béat. Ou encore ce Bumble Bee Crown King, délice psyché qui clôt superbement l’album.

Comme toujours, Dan Deacon délivre une musique hors du temps, une œuvre atypique. Son éducation classique nimbée de multiples influences en fait l’un des meilleurs compositeurs de sa génération. On ne peut que souhaiter que cet orfèvre continue à pondre des pépites et des concerts exutoires à la morosité et aux conventions.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Become A Mountain, Weerping Birch, Bumble Bee Crown King


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