Cyril Cyril – ‘Le Futur Ça Marche Pas’

Cyril Cyril – ‘Le Futur Ça Marche Pas’

Album / Born Bad / 26.04.2024
Rock expérimental

Le duo suisse Cyril Cyril, emmené comme son nom l’indique par deux Cyril (Bondi vu dans Plaistow, Insub ou La Tène; et Yétérian, patron du label Bongo Joe), sort son troisième album Le Futur Ça Marche Pas. Un disque qui défie les frontières des genres et qui s’appréhende comme un manifeste cru sur la désintégration sociétale et la désillusion personnelle.

Le changement, c’est maintenant‘ disait l’autre il y a déjà quelques années et force est de constater que rien n’a vraiment bougé depuis, si ce n’est dans le mauvais sens. Ce futur qu’on nous annonçait radieux, dansant, humaniste et social ressemble à une lointaine utopie et on baigne aujourd’hui dans un présent marqué par les crises successives, le repli sur soi numérique et cette course ridicule contre le temps qu’on perd à essayer d’en gagner. Le futur d’avant, c’est aujourd’hui (vous suivez ?) et il faut bien le reconnaître, il n’est pas génial.

Cyril Cyril l’a testé pour nous‘ – pour reprendre une formule consacrée – et pose en onze titres un regard objectif, presque clinique, sur l’époque étouffante, sans mauvaise foi ni jugement. Ce non-sens du monde, on le partage avec eux, mais on peut choisir d’y voir soit le meilleur pour les plus optimistes, soit – comme ici – le pire (Le Mensonge). L’album décrit l’effondrement collectif qui se joue sous nos yeux et qui nous laisse impuissants, les bras ballants, résignés que nous sommes à ‘se faire caniculer la gueule en continu‘ (Microonda Sahara). Les suisses, lanceurs d’alertes, tapent sur tout ce qui bouge et même sur ce qui ne bouge pas : l’intelligence artificielle, prochain fléau d’un autre futur (très proche) sur le malin et tendu Chat Gepetto. Ce nouveau ‘compagnon virtuel à l’écoute’ symbolise notre appétence à tout déléguer aux machines, de la connaissance à la gestion domestique en passant par la quête du grand amour et de la création artistique. Entre fatalisme et nihilisme, Cyril Cyril, en dignes héritiers du No Future porté par les Sex Pistols plusieurs décennies auparavant, ne choisissent jamais vraiment.   

L’album est aussi énergique et inventif que les précédents (Certaines Ruines en 2018, Yallah Mickey Mouse en 2020), au carrefour de leurs multiples influences qui regroupent musiques non-occidentales, post-punk, garage-funk ou trance bruitiste. Un style personnel où bataillent arpèges de guitare répétitifs, structures rythmiques hypnotiques, chœurs hallucinatoires au service d’une pop dadaïste et iconoclaste. On n’est d’ailleurs pas surpris d’entendre l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp s’amuser à dynamiter Les Phoenix De L’Amour, pour sonner le glas de l’humanité dans une bacchanale grandiloquente (‘Qui n‘est pas condamné ?‘).

La collaboration avec d’autres artistes du label Bongo Joe – Eblis des Meridian Brothers, la violoncelliste Violetta de Blanco Teta, Inès Mouzoune d’Amani – enrichit leur son âpre et reconnaissable, tandis que le mix du colombien Carlos Quebrada ajoute une profondeur sonore qui transperce de quelques touches de lumière l’ironie sombre des textes. Le Futur Ça Marche Pas invite à la réflexion, à l’auto-évaluation et nous oblige à reconnaître qu’on n’a rien vu venir (ou qu’on a surtout fermé les yeux). Le mantra ‘Y’a plus rien à faire, chaque jour descendre un peu plus vers l’enfer‘ (Plus Rien A Faire) résume assez bien l’écriture de Cyril Cyril, incroyablement juste, radicale, cynique cynique.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Le Mensonge, La Rotation De L’Axe, Plus Rien À Faire, Sapitos Caracas

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