Computerstaat – ‘In The City’

Computerstaat – ‘In The City’

Album / Trou Noir – No Reason / 28.03.2019
Frigo punk

La ville que nous présente Computerstaat sur In The City se veut en accord avec les dessins post apocalyptiques tracés à la pierre noire par Raphaël Tachdjian, l’auteur du très bel artwork de cet album. On y voit une enfant danser sur des ruines, pendant qu’une autre, agenouillée, est manifestement en proie à des vomissements. Au verso du vinyle, seul format physique disponible pour ce disque, une autre fillette prend des photos d’un incendie illuminant un univers de désolation, alors qu’une autre met la main sur ce premier album de Computerstaat au milieu des décombres. Ces atmosphères – entre crépuscule, joie, et chaos – trouvent parfaitement leurs échos musicaux dans les compositions du duo, mixées par un Nicolas Duteil (Frustration) dont l’enthousiasme étonne finalement peu ici.

Sans interruption et à un rythme effréné, Mathieu enchaîne les riffs tranchants accordés à une voix nasillarde, tandis que Natasha joue du MS10 cadencé et grésillant, tout en lui donnant la réplique avec une voix qui nous rappelle que le veine post punk est décidément pleine de vitalité. On songe aux vocalises des liégeois de Cocaine Piss. La musique est dominée par des riffs simples et efficaces, construits sur quelques notes et agrémentés de mini mélodies au synthé, tout autant percutantes et froides. Les tempos ne font pas dans la surenchère d’accélération, le groupe ne sombre jamais dans une débauche d’agressivité, et quand l’invitation au pogo semble évidente (Ich Bin Klein), c’est majoritairement en raison du caractère acéré des compositions, assénées avec une martialité rigoureuse et une autorité sans failles. On retrouve d’ailleurs ce côté militaire sur la rythmique au pas de Politics. La critique ici se fait par des BPM invitant à l’ordre, mais derrière lequel on entend en sourdine l’appel au chaos, par les fréquences d’un synthé qui viennent survoler les scansions de la boite à rythme.

Le morceau éponyme est le plus entêtant, et n’est pas sans rappeler Frustration. Il y a en revanche un caractère germanique dans Computerstaat que l’on ne retrouve pas chez le groupe phare de Born Bad. Du coup, on peut légitimement se demander si le nom du duo n’est pas une référence au morceau de Abwärts (formation punk originaire de Hamburg) repris par Die Töten Hosen, groupe de punk rock de Dusseldörf. La référence et la parenté semble évidente.

Le duo parisien génère de l’envie et de l’enthousiasme y compris chez les labels : No Reason, sorti pour l’occasion d’un long sommeil de 15 ans, ainsi que Trou Noir, disquaire historique de Nîmes signant ici sa première sortie. Etant donné la qualité de ce In The City, tant en terme d’objet que de musique, le doute n’a pas sa place dans la longévité de tous ces acteurs de l’ombre.

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A ECOUTER EN PRIORITE
Radio, Crypt, In The City, Ich Bin Klein


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