Caleb Landry Jones – ‘The Mother Stone’

Caleb Landry Jones – ‘The Mother Stone’

Album / Sacred Bones / 01.05.2020
Opéra psychédélique

Caleb Landry Jones jouit d’une belle réputation dans le cinéma d’auteur américain. Avec son premier album, le très rétro-psychédélique The Mother Stone, il risque de conforter cette image de fer de lance d’une Amérique décalée.

La notoriété de Caleb Landry Jones n’est probablement pas encore suffisante pour que son nom évoque immédiatement les références, mais le visage du jeune trentenaire commence à être familier pour qui aime le cinéma de genre, pour ses choix audacieux, comme par exemple dans l’angoissant Get Out, le remarquable Three Billboards, ou plus récemment le déstabilisant Dead Don’t Die de Jim Jarmush. C’est d’ailleurs à ce dernier que Jones doit l’origine de ce premier album, le réalisateur étant tombé littéralement sous le charme des compositions que l’acteur-musicien accumulait depuis des années à chaque retour dans la ferme familiale, au Texas. Il s’est donc fait entremetteur auprès du label Sacred Bones, qui publie une quinzaine de titres dans un album fleuve insaisissable.

Les références de Jones sont évidentes. S’il ne revendique pas le terme de psychédélisme, c’est pourtant aux albums les plus habités de la fin des années soixante (ceux des Beatles, Who ou Pink Floyd) qu’il fait sans cesse allusion. Le son de The Mother Stone ressemble à une fanfare désaccordée, ou à un orchestre s’époumonant à souffler sans écouter  la partition du voisin. Chaque composition est traversée par des atmosphères très filmiques, enthousiasmantes, effrayantes, étouffantes, surlignées par les modulations de voix , tour à tour caressantes, outrées, rageuses… Le musicien n’aime pas le silence et joue en permanence avec les ruptures, les couleurs, et se complait à sevrer l’espace d’un déluge d’encorbellements : würlitzer, trompettes embouchées, slide, réverbération…

C’est toujours déstabilisant (mais pas autant que cette pochette d’album rococo et pour le moins…. douteuse), souvent inspiré, mais le manque de variation de l’ensemble fait l’effet d’une énorme tarte à la crème : beau mais écoeurant à la longue. Si on suit avec fascination l’évolution des premiers titres, il est difficile de tenir toute l’heure que dure l’album sans avoir besoin d’une pause. Caleb Landry Jones l’avoue lui-même, The Mother Stone ressemble plus à une compilation qu’à un  projet, et dans celle-ci, chaque titre est lui-même une synthèse de tout ce qui le traverse au moment où il entre en studio. Une chose est sûre, Jones n’est pas un usurpateur : son disque révèle un musicien brut, une matière riche façonnée par un ogre, pas forcément cohérente mais définitivement habitée.

VIDEO
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Flag Day/The Mother Stone, I Dig Your Dog, I Want To Love You, No Where’s Where Nothing’s Died


No Comments

Post A Comment