Built to Spill – ‘Plays the Songs of Daniel Johnston’

Built to Spill – ‘Plays the Songs of Daniel Johnston’

Album / Ernest Jenning / 01.05.2020
Indie lo-fi

De Daniel Johnston, mort le 11 septembre 2019 à 58 ans, tout semblait avoir été dit. Il y avait d’abord ce film poignant The Devil and Daniel Johnston sorti en 2005. Un must-see du documentaire musical qui revenait à force de témoignages et d’archives sur le parcours délirant du compositeur texan, entre son génie créatif, sa maladie mentale et ses obsessions – amoureuses, musicales, religieuses… Il y avait aussi eu l’exposition itinérante Welcome to my World passée par Nantes en 2012 et Paris en 2014 pour explorer, cette fois-ci, la singularité des dessins de Johnston. Et puis, enfin, tous ces articles pour tenter de comprendre la personnalité et la production extraordinaire de celui qui fut considéré par Kurt Cobain comme ‘le meilleur songwriter de la Terre’.

Pourtant quelque chose d’énigmatique continue de traverser la discographie de Daniel Johnston qui s’étale sur quatre décennies et des centaines de morceaux, à l’efficacité tantôt immédiate, parfois à la limite de l’audible. C’est finalement par les autres que son répertoire s’est souvent fait le plus éclatant. La compilation The Late Great Daniel Johnston: Discovered Covered (2004) incarne d’ailleurs peut-être la porte d’entrée la plus accessible vers son univers. Un panel d’invités prestigieux – Tom Waits, Beck, Eels, Bright Eyes, Teenage Fanclub, Flaming Lips, Sparklehorse, Mercury Rev… – s’y succèdent pour ajouter le verni parfois nécessaire à convaincre les réfractaire au talent d’écriture de Johnston.

Seize ans après cette première compilation et neuf ans après sa mort, Built to Spill se fend lui aussi de son album de reprises. Pas étonnant après tout, lorsqu’on connaît l’admiration du chanteur-guitariste Doug Martsch pour le songwriter décédé. En 1996 déjà, il reprenait le classique Some Things Last a Long Time sur The Normal Years, et en 2017, il se transformait en backing-band sur scène pour accompagner ‘le pape du lo-fi’ dans sa tournée d’adieu américaine.

Enregistré en 2018, Built To Spill Plays The Songs Of Daniel Johnston déjoue d’entrée la facilité en puisant dans les titres moins évidents du répertoire du Texan, à l’exception du classique Life in Vain. L’occasion de (re)découvrir des trésors confidentiels, de Bloody Rainbow à Fish, dont les admirables qualités mélodiques sont magnifiées par la voix de Martsch, à peine habillée d’un peu d’écho. Pour le reste, Built To Spill joue la sobriété en plaçant de côté les soli de guitares épiques qui caractérisent d’ordinaire sa musique. Le groupe de Boise dans l’Idaho se met tout entier au service de ces chansons pour un résultat d’autant plus simple et émouvant. Daniel Johnston n’est plus mais l’émotion de ses morceaux continue de respirer grâce à des fans aussi dévoués et talentueux que Martsch. Voilà un disque qui s’adresse autant aux fans de la première heure qu’aux néophytes un peu curieux.

VIDEO
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Bloody Rainbow, Heart, Mind and Soul, Life In Vain, Fish


No Comments

Post A Comment