Buck Meek – ‘Two Saviors’

Buck Meek – ‘Two Saviors’

Album / Keeled Scales / 15.01.2021
Folk

Buck Meek n’est pas du genre à assener des claques. Il y a dans sa voix, son visage, sa gestuelle même, une douceur manifeste. Pas étonnant que son esthétique n’avance pas par coups de poings, et que le bien nommé Two Saviors nécessite quelques écoutes avant d’en apprécier totalement les saveurs subtiles et les arrières goûts.

L’album répondait à certaines contraintes. Météorologiques d’abord, puisqu’il devait être enregistré à la Nouvelle Orléans pendant la période la plus chaude de l’année. On savait que l’autre formation de Buck Meek, Big Thief, avait une appétence pour faire coïncider ses disques avec un lieu et un moment, pour en renforcer le caractère. Subir la chaleur est en soi une activité. Le cerveau semble freiné, la lenteur s’impose, une économie des mouvements également : autant d’éléments qui trouvent leur transcription dans le second album de Buck, où l’on se sent comme enveloppé d’une atmosphère invitant à ralentir. Cela, dès le titre introductif qui nous raconte les formes mouvantes des nuages, en pareidolies (fait de voir des visages dans des formes organiques) successives.

De titre en titre, on se sent happé par un confort de hamac, à contempler le ciel. Candle et sa pedal steel nous maintient dans ses langueurs d’une fin de journée d’été, les arpèges de la première version de Two Moons – et son introduction onirique chantée : Eyes behind eyes behind her eyes, auquel répondra le couplet suivant et son Mind behind mind behind my mind – vont dans le même sens. Ce type d’approches musicales, dans la langueur et la relaxation, va souvent de pair chez d’autres formations avec des arrangements léchés et un travail de post prod accentuant les effets recherchés. Hors, il n’est pas ici question d’effet, mais d’atmosphère. Tout l’album a été enregistré dans les conditions non pas du live, mais du local de répétition : pas de casque pour les musiciens, utilisation de micros dynamiques uniquement (utilisés généralement pour les concerts et non pour les enregistrements), le tout joué en direct, tous ensemble, et mixé sur un 8-Pistes analogique.  Ce n’est pas ici une énième posture vintage permettant d’étoffer le dossier de presse de l’album, mais une réelle volonté d’aller à l’essentiel, comme une expérience encadrée par la chaleur ambiante, un moment cathartique de chaleur pour purger le négatif.

Two Saviors a des caractères de boisson relaxante – plutôt un Martini rafraichissant qu’un gin tonic festif – qui s’insinue, écoute après écoute, de Pareidolia à Two Saviors, du très nineties Ham On White (qui évoque tant Swell que Pavement) à la version piano bar de Two Moons. L’album n’est jamais dans le trop, d’affect, d’arrangements, pas trop de simplicité non plus. Il s’agit plus ici de mettre de côté, de passer sous silence les angoisses (elles seront manifestes de toute façon), et de s’occuper à les calmer, voire à les éteindre.

On avait comparé l’album solo d’Adrianne Lenker, âme soeur de Buck Meek, à un ami, un compagnon de route. On vient d’en trouver ici un second, d’un autre ordre. Là ou Songs de Lenker nous étreignait aux sommets de la perte de repères, celui ci nous accompagne calmement, allongé en terrasse, au soleil, comme pour combler les manques engendrés par la tristesse contemporaine.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Pareidolia, Candle, Two Moons, Ham On White


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