Brazen – ‘Distance’

Brazen – ‘Distance’

Album / Re-Echo / 14.06.2024
Indie rock prog

Dix-huit ans d’absence… Après une telle durée, il y avait fort à parier que Brazen soit unanimement considéré comme mort et enterré. Pourtant, comme surgi de nulle part, le voilà de retour avec un nouvel album qui – certainement au grand dam des fans de ses débuts emo/post-hardcore – s’inscrit complètement dans la lignée de Orphaned et Aura, Dora.

Distance reprend en effet en main ce savant mélange d’indie rock et de prog que les Suisses nous avaient proposé dès le début des années 2000, et le pousse un cran plus loin. Dès les premières mesures de l’entame Trialog, on se délecte ainsi de ces sonorités folk rock renvoyant instantanément vers R.E.M., entrecoupées de ces nappes de synthé vintage nous replongeant dans la période 70s de Genesis. Et au-delà également de la structure à tiroir de la plupart des morceaux, de nombreux autres détails nous ramènent à l’âge d’or de la bande de Peter Gabriel et Steve Hackett, notamment les montées en puissance du chant sur Arms Of The Sea et Holocene Dies, mais aussi la texture des soli de guitare regorgeant de sustain.

Plus proche de notre époque, Steven Wilson – digne héritier de la scène historique du rock progressif britannique – n’est jamais très loin non plus, en particulier via les arpèges traînants et le timbre de voix de Michel Blanc (ex-bassiste et chanteur du groupe) sur Running. Quant aux conclusions de Let You Down et de Trialog, elles nous ramènent tout droit vers Jupiter, le chef-d’œuvre de Cave In alliant le meilleur du post-hardcore et du rock progressif. Mais les Genèvois savent aussi verser dans du rock beaucoup plus direct, en témoignent les premiers instants de Let You Down, au riffing et au chant marqués Foo Fighters, mais également le morceau Hey Man aux mélodies teintées stoner et aux bends aériens si typiques de Josh Homme (Queens of the Stone Age, Them Crooked Vultures). De quoi véritablement équilibrer l’ensemble de l’album.

Car Distance, résultat d’un travail de longue haleine (près d’une décennie de composition, d’arrangement et d’enregistrement) est effectivement parfaitement dosé, tant au niveau longueur qu’au niveau des dynamiques. Même les ambiances tirant vers la mélancolie se trouvent régulièrement contrecarrées par des montées d’adrénaline positives. Constat similaire du côté des textes, ceux-ci traitant de sujets aussi désolants (Arms of the Sea sur les nombreux migrants qui disparaissent dans la plus grande indifférence en Méditerranée) ou anxiogènes (Holocene Dies sur la crise environnementale en cours) que fédérateurs (Bizarre Tragic Hollow Times sur l’entraide en périodes difficiles). On est ainsi bien loin des textes souvent épiques et grandiloquents des formations prog emblématiques, Neal Morse en tête. Ce nouvel opus a donc probablement le potentiel de réconcilier certains amateurs de rock ‘classique’ avec celui dit ‘progressif’, et mérite de bénéficier d’une bien plus grande visibilité, voire de figurer dans la liste des disques qui auront marqué 2024…

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Trialog, Let You Down, Arms Of The Sea, Hey Man


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