Black Ox Orkestar – ‘Everything Returns’

Black Ox Orkestar – ‘Everything Returns’

Album / Constellation / 02.12.2022
Folk expérimental yiddish

Everything Returns, tout revient, toujours. La guerre, les migrations, le froid. Les peuples qui ont choisi l’exil couvent le secret espoir du retour. Everything Returns, troisième album de Black Ox Orkestar, mais surtout le premier depuis  quinze ans, incarne tous ces retours : celui d’un groupe, d’un projet, d’une mélancolie, de la fragilité et de l’incertitude. Si le collectif n’est pas le plus prolixe ni le plus populaire de l’extraordinaire label canadien Constellation, la plupart de ses membres en sont des piliers indéfectibles, Thierry Amar, Scott Levine Gilmore et Jessica Moss ayant entre autres œuvré pour Thee Silver Mt Zion, et leur capacité à se métamorphoser au service d’un projet est en soi la garantie de sa qualité.

Le projet du quatuor est de revisiter les répertoires Klezmer et Yiddish, toutes deux expériences de migrations et de déracinement, mais avec un angle d’attaque plus punk, dixit ses membres. En guise de punkitude, on lorgnera du côté des paroles plus que de la musique, celle-ci assumant être l’héritage direct des instrumentations et des airs de tout le bassin méditérranéen, prenant ici où là des nuances jazzy. Les thèmes évoqués, par contre, mi Yiddish, mi anglais, portés par trois voix, sont éminemment politiques : ici, les réfugiés sont contraints au départ, des peuples exclus, les fascismes triomphants, les nationalismes plein de morgue voudraient faire taire les voix.

Musique de diaspora, de déracinés, Everything Returns est mélancolique, parfois plombant, mais la douceur de la voix de Scott Gilmore voisine celle d’un Léonard Cohen recueilli, le cymbalum fait frissonner la peau, le violon transperce l’âme, piano et violoncelle apaisent ; tous les ingrédients d’une poétique du voyage trouvent une expression idéale et sensible. On regrette cependant, habitués aux productions expérimentales de chaque artiste, que l’usage des instruments reste ici aussi confiné à leur sonorité ‘classique’. On imagine volontiers la densité qu’aurait pu apporter, par exemple, le violon de Jessica Moss si elle avait travaillé le son comme sur le récent album d’Oiseaux-Tempête. Les curieux iront écouter sa récente production solo, Galaxy Heart, pour se faire une idée. Pour les autres, il reste cette traversée, toute d’espoir et de renoncement. Un voyage déjà bien ambitieux.

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A ECOUTER EN PRIORITE

Tish Nign, Oysgeforn-Bessarabian Hora, Mizrakh Mi Ma’arav, Moldovan Zhok


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