Big Thief – ‘U.F.O.F.’

Big Thief – ‘U.F.O.F.’

Album / 4AD / 03.05.2019
Indie folk

U.F.O.F. était très probablement l’un des albums d’indie-folk les plus attendus de l’année. Après les excellents Masterpiece et Capacity sortis coup sur coup en 2016 et 2017, Big Thief s’était laissé le temps furtif des épanouissements solitaires et prometteurs : le guitariste a sorti un album éponyme (Buck Meek), tandis qu’Adrianne Lenker a vu paraître Abyskiss cet automne, dont deux des titres figurent ici. Accueilli chez 4AD, U.F.O.F. marque un tournant dans la carrière du groupe New Yorkais dont les tournées et la productivité a généré une fanbase toujours grandissante.

Les attentes suscitées sont plus que comblées. Trois ans après Masterpiece, Big thief signe ici son chef d’oeuvre inconnu. Le nom de l’album – initiales de Unidentified Flying Object Friend – est une sorte de manifeste de son esthétique, une aventure ouverte au non identifié. Adrianne Lenker dit d’ailleurs que toute sa musique vise à être amicale envers l’inconnu (making friend with the unknown). Mais comment cette ouverture se retranscrit-elle cette musicalement ? Tout simplement par une découverte ébahissante du monde qui nous est proposé. On se laisse guider, comme pris chaleureusement par la main dans ces contrées à la lumière aussi éblouissante que celle de la photo de l’artwork au côté rêve éveillé. Ici, pas d’atmosphères exagérément éthérées ni de grandes réverbérations dreampop, mais une très nette précision des sonorités, dont l’agencement parfait confine à l’onirique. La voix de Lenker, plus attirante et envoûtante que jamais, nous demande de la rejoindre dès l’entame Contact, avant d’hurler de manière parfaitement inattendue pour le clôturer d’une superbe mélodie.

La très grande proximité des sons – qu’il s’agisse du glissement des doigts sur le manche de la guitare acoustique, des petites percussions ou des sons de batterie dont les peaux tactiles semblent effleurer nos oreilles – pose l’ambiance et nous happe doucement dans une atmosphère auditive jubilatoire : un travail de précision auquel nous avait déjà habitué le producteur Andrew Sarlo sur Capacity. L’ajout de sonorités inconnues, ou non-organiques devrait-on dire (U.F.O.F. , Open Desert, Magic Dealer), construit de nouvelles singularités; le travail sur les voix et les souffles est prodigieux. Big Thief nous propose ainsi de découvrir l’inconnu en incarnant lui même l’alien au regard curieux et bienveillant, à la poésie profonde et libératrice oscillant entre l’enthousiasme pour le merveilleux et les craintes viscérales que l’incertitude inspire.

Les disques de Big Thief ont en commun de compter des pics d’émotion et d’intensité, à l’image de Watering ou Mary sur Capacity, de Parallels ou Masterpiece sur l’album du même nom. Cette règle n’est pas transgressé sur cet U.F.O.F. en fin d’ascension, comme en atteste le fascinant et mélancolique Terminal Paradise, beau à pleurer telle la voix chargée de sanglots de la chanteuse. Les sommets s’enchainent et Jeni, peut être le plus beau titre du quatuor à ce jour, nous en présente une facette encore inconnue. On pense à certains morceaux de Low, voire à la sensibilité écorchée de Codeine. Il y a ici cette magie des compositions dont la qualité réside dans la rareté, de ces titres qu’on considère comme des compagnons dès la première écoute, de ces arpèges à peine entrevus incarnant la promesse d’être des amis de longue date. Des amis volants non identifiés.

EN ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Contact, Terminal Paradise, Jeni


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