STEVE AMBER – ‘Hypnagogia’

STEVE AMBER – ‘Hypnagogia’

Album / Autoproduit / 08.04.2022
Odyssée psychédélique

Entre voyage autour de ma chambre et tempête dans un cerveau, STEVE AMBER publie un premier album magistral et ambitieux, en forme de raz de marée sonore. En effet, Hypnagogia est une excursion psychotique renversante, aux confins de territoires rock qu’on croyait être la propriété des anglo-saxons. Efficace et inspiré de bout en bout, ce premier disque a tout d’une référence et devrait tourner de longs mois sur nos platines.

STEVE AMBER a beau avoir été créé en 2015, le quatuor originaire de Brest – résidant dorénavant à Paris – se distingue surtout par sa discrétion, même s’il a déjà deux EPs à son actif. Cette qualité, et une patience créatrice hors du commun, sont certainement ses plus gros atouts. Dès les premières écoutes, il ressort ainsi d’Hypnagogia l’évidence d’une communauté partageant un projet aussi exigeant que singulier. Les quatre musiciens se font suffisamment confiance pour s’accorder toutes les libertés dans leur quête d’une perfection intemporelle. Confiance et patience se traduisent aussi par la capacité d’attendre plus de deux ans avant de sortir ce premier album, pourtant enregistré en 2019. C’est audacieux, mais souligne cette volonté farouche de laisser sa chance à cette pépite, qu’il aurait en effet été injuste de ne pas pouvoir défendre dignement.

Musicalement, Hypnagogia louvoie irrésistiblement entre les étiquettes. Le groupe parle volontiers de son goût pour les déluges sonores, conçoit ses prestations scéniques comme des voyages ou des films, revendique l’influence de Tame Impala, Wand ou Radiohead dans sa démarche mélodique, mais on pourrait encore accoler une quantité incroyable de références, notamment les récents opéra catastrophes déglingués de Go!Zilla ou Sunflowers, les suspensions sombres et épileptiques de Follakzoid ou les envolées synthétiques et analogiques de Lumerians… Toute cette accumulation ne nous donnerait encore qu’un portrait en creux, une silhouette à peine esquissée de cet album qui nous prend à revers sur chaque titre.

On peut malgré tout comparer Hypnagogia à une pièce de théâtre en trois parties. Portée par les impeccables Empathy Drive et Cranium fire, l’ouverture est marquée par un rock psyché et réverbéré homogène, jouant ouvertement du côté de Tame Impala ou Temples. Des standards efficaces, musclés, aux guitares saturées sur des batteries toutes faites de ruptures maîtrisées. Le groupe fait mieux que singer ses glorieux aînés, et on apprécie tout particulièrement les mélodies simples et addictives qui nous ferrent en quelques secondes.

Dans ce que le quatuor considère comme un ‘concept album autour de la philosophie de l’esprit et de la neuroscience’, The Simple Answer To A Pointless Question est un premier entracte fait de sons intra-utérins, battements de coeur et chemins neuronaux, et introduit la page la plus cosmique du disque. Daemons Of The Subatomic et The Sulker gagnent en densité sonore par la prise de pouvoir des machines et la progressivité. Dans un esprit résolument post-rock, les titres démarrent prudemment en nappes ténébreuses avant de craquer irrésistiblement sous l’effet des guitares rageuses. STEVE AMBER ne cédant rien au bruit ni à la fureur, les voix sont toujours idéalement claires et posées, défiant magistralement ce magma doom sidérant. Le chaud-froid résultant de ces contraires est bluffant.

La dernière partie de l’album offre de fausses ballades pop incroyablement sophistiquées, des pièces d’orfèvrerie lorgnant désormais vers le savoir-faire de Radiohead, à l’instar de Pilots In A Cage ou Here Be Dragons. On retiendra de cette fin de course élégante, la justesse des effets, la spatialité lumineuse et les audaces (comme cette intro de boîte à rythme sur And I’m Still Stuck In My Head, titre majeur du disque, à l’équilibre entre toutes les tensions qui le traversent). Savant mélange de rythmes, de sonorités, d’ambiances, Hypnagogia est une croisière vers des rivages imprévisibles, mais toujours merveilleux. Oeuvre complexe, chaque écoute parvient à nous en renouveler l’approche, et confirme que cet album caméléon, remède à la lassitude, n’a pas fini de nous régaler pour de longs mois encore.

VIDEOS
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Empathy Drive, Cranium Fire, Daemons Of The Subatomic, And I’m Still Stuck In My Head, Pilots In A Cage, Here Be Dragons


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