Lynx – ‘Lynx’

Lynx – ‘Lynx’

Album / Computer Students / 05.05.2023
Math rock

Non content d’avoir opéré derrière les fûts de l’emblématique duo Chevreuil, puis aux manettes du label Africantape, Julien Fernandez semble s’être à présent donné pour mot d’ordre de dépoussiérer diverses pépites noise et math rock, certaines d’entre elles étant injustement passées inaperçues à l’époque, ou même devenues difficiles à dénicher. Depuis quelques années, sa nouvelle crèmerie Computer Students a ainsi réédité les vinyles de Big’n, Oxes, Hey!Tonal (sorte de ‘dream team’ math rock impliquant Fernandez himself) ou encore Cheval de Frise, et cela tout en veillant à retravailler leurs artworks avec élégance et minimalisme.

Voici donc venu le tour de Lynx, une formation dont le nom n’évoquera probablement pas grand-chose – voire rien du tout – à une majorité d’aficionados math rock, même aux plus nerds d’entre eux. Il s’agit pourtant du tout premier groupe de Dave Konopka, ainsi guitariste et bassiste de Battles dont le départ en 2018 aura laissé un vide pour le moins cinglant, rendant d’autant plus évident le rôle clé qu’y jouait l’intéressé. Aussi, la réédition de ce premier et unique album de Lynx – enregistré par un certain Bob Weston (Shellac) en 2000 – est l’occasion de le revérifier : les motifs répétitifs à la six-cordes y sonnent comme annonciateurs des premiers EPs que Konopka sortira quelques années plus tard avec ses compères John Stanier, Ian Williams et Tyondai Braxton.

Malgré son existence pour le moins éphémère (1997-2001), Lynx est parvenu à laisser une empreinte de taille sur la scène math rock des années 2000, notamment sur ses compatriotes de Piglet et Sleeping People. Ce statut de précurseur tient probablement pour partie de l’inclusion efficace de sonorités et structures empruntées au jazz et au rock progressif, et cela sans jamais verser dans la grandiloquence, ni renier les bases noise et post-hardcore qui ont certainement bercé ces protagonistes durant leur adolescence. Au gré des neuf titres instrumentaux, les Américains démontrent aussi leur maîtrise de l’espace : alors que minimalisme et complexité alternent, les digressions s’enchaînent sans pour autant nuire à la narration. Les deux guitares, dont la tonalité plutôt claire vire par moments au rugueux ou au brut, ne deviennent jamais brouillonnes et savent aussi s’effacer devant la basse – toujours sèche, elle – ou la batterie – dont on ne tente même plus d’identifier les signatures rythmiques alambiquées.

Surprise de taille avec cette réédition : le quatuor a décidé de relancer un chantier inachevé à l’époque, en mettant en boîte trois titres à la fois complètement inédits et totalement imparables. Il aura donc fallu à nos Chicagoans les réapprendre sur la base d’enregistrements de concerts, puis remettre le couvert en studio deux décennies plus tard ! Moins surprenant mais tout aussi réjouissant : Konopka, comme à son habitude avec Battles, a repris en main la conception de la pochette et du livret pour un résultat particulièrement réussi.     

S’inscrivant dans la lignée de Don Caballero, le math rock de Lynx n’a pas pris une ride malgré les années, et peut autant s’apparenter à une parfaite injection d’endorphines pour les plus nostalgiques aux parfums des années 90, qu’à une belle porte d’entrée dans ce genre musical pour les moins aguerris.

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Raisins, Aries, Human Speech, Explosive Diarrhea, Less Messy, Prynx


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