La Jungle – ‘Ephemeral Feast’

La Jungle – ‘Ephemeral Feast’

Album / A Tant Rêver du Roi – Black Bassett / 10.06.2022
Kraut noise

Vietnam, 1969. Un bal infernal d’hélicoptères déchire le ciel. La forêt s’embrase, soudainement, sous la flamme froide du napalm. The End, des Doors, accompagne cet instant magique de cruauté sereine, à jamais figé dans le temps. Un peu plus tard, Wagner et sa Chevauchée des Walkyries seront les témoins – pour ne pas dire les complices – de l’enfer, du chaos et de la désolation qui s’abattront sur un village paisible qui n’avait rien demandé, à part peut-être vivre en paix. Apocalyse Now a été tourné en 1979. Aujourd’hui, Francis Ford Coppola choisirait vraisemblablement Ephemeral Feast pour illustrer son propos, tant ce nouvel album guerrier de La Jungle porte en lui un parfum amer de fin du monde annoncée, et de destruction comme unique solution.

Car le cinquième album des borains (on n’a pas dit ‘bourrins’) Jim et Roxie laisse en bouche un goût de sang qui, au fil du temps, devient addictif. Tribal et chamanique, flirtant parfois à la limite du robotique, Ephemeral Feast est une course effrénée contre le temps, un combat perdu d’avance dont la seule issue est ce mur (du son) que l’on se prendra de toute façon en pleine gueule. Préférant mourir debout plutôt qu’à genoux, La Jungle ne fait aucune concession et matraque à tout va. De l’obsédant Couleur Calcium à l’incantation De Verna, les wallons multiplient les assauts. Another Look To The Woman In The Gloom et Hallow Love réuniront les prisonniers avant que No Eyes les achève d’une balle en pleine tête. Passant par là un peu par hasard, VCCLD et Rivari, dans un élan d’humanité, se porteront volontaires pour l’extrême onction ou creuser les tombes.

Tout en privilégiant cette fois un groove froid aux cavalcades électriques qui ont surtout fait sa marque de fabrique jusque là, La Jungle appuie sa personnalité propre, unique, et perce plus profond les tripes. Nul besoin de références, comparaisons ou analogies. L’identité est là, brutale, couillue et désespérément honnête. Ephemeral Feast  – premier des deux albums enregistrés en 2021 à Honfleur alors que le groupe mettait à profit ses mois de pause forcée – est un bonheur singulier, y compris au sein de la discographie du duo : tout au long de ces dix nouveaux titres, on ne danse pas comme on en avait l’habitude. On pourrait même seulement les écouter, sous caféine, devant une chaîne d’info en continu. De l’anxiogène comme s’il en pleuvait. L’apocalypse, maintenant.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Hallow Love?, Rivari, Another Look To The Woman In The Gloom, Couleur Calcium, De Verna


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