TH Da Freak – ‘Coyote’

TH Da Freak – ‘Coyote’

Album / Flippin Freaks – Howlin Banana / 07.10.2022
Slacker pop

Il n’existe pas d’élève plus difficile à gérer pour un enseignant que celui qui se complaît à passer pour plus idiot qu’il ne l’est réellement. Le premier de la classe, sérieux et appliqué, rassure. Le laborieux, dur au mal mais incapable de réussite, attriste. Le perturbateur, sans surprise, énerve. L’indolent aux capacités évidentes, mais aux devoirs volontairement bâclés et salopés, frustre et fait se sentir impuissant. On imagine aisément Thoineau Palis avoir été ce genre de gamin, tant les quatre premiers albums de Th Da Freak ressemblent à des diamants bruts que leur compositeur aurait délibérément refusé de polir. Quand elle l’emporte sur la qualité des morceaux, l’esthétique DIY et Lo-Fi perd de son sens et laisse un goût amer d’inachevé. La forme ne devrait jamais l’emporter sur le fond, surtout quand on a autant de talent. Nous avons toujours été convaincus, ici, que le garçon finirait un jour par le réaliser. Qu’il suffirait simplement d’attendre un peu que jeunesse se passe.

Et jeunesse, heureusement, a fini par se passer… Quatre années se sont écoulées depuis Freakenstein (2019), soit une éternité pour un groupe habitué à l’immédiateté. Même si forcément accaparé par le collectif et label Flippin’ Freaks, le bordelais semble enfin avoir pris le temps de mûrir son œuvre, de s’attarder sur le détail et de parfaire les finitions. En privilégiant ainsi la réflexion à l’action, TH a façonné un cinquième LP qui voit le College Rock foutraque des débuts s’effacer peu à peu au profit d’une slacker pop ciselée et aboutie. Un choix fort que l’on aimerait croire définitif car, inutile de faire durer le suspense plus longtemps, Coyote est un pur enchantement. Même si toujours clairement assumées et revendiquées, les influences US des années 90 se font aujourd’hui légèrement plus discrètes sur Notorious Man ou un The Call digne du meilleur Guided By Voices. Matador et Sarah Records pourraient très bien, malgré leurs différences, en venir aux mains pour accueillir Come Rescue Me In The Forest sur une de leurs compilations. Le name-dropping pourrait continuer éternellement mais point trop n’en faut. Cependant, et malgré la meilleure volonté du monde, il nous sera difficile de ne pas citer Teenage Fanclub (la balade Magaly Should Run) ou les regrettés The Bewiched Hands On The Top Of Our Heads (l’envoûtant Please Don’t Cry In My Arms). Sur Coyote, véritable Everest, le chant nonchalant du girondin ne fait que confirmer ce que l’on sait déjà : ‘It’s the best work I’ve ever done’.

Malgré ses faux airs de patachon et le malin plaisir qu’il prend parfois à sagouiner ses propres compositions, Thoineau Palis ne trompe désormais plus personne : le jeune homme est, et a toujours été, un excellent songwriter. Coyote se plaît à le prouver morceau après morceau, sans pour autant nous faire crier au chef d’œuvre (car le meilleur est assurément à venir). Cet album restera dans la discographie de TH Da Freak comme son MTV Unplugged ou Hunky Dory à lui : un disque où, pour la première fois, les chansons et leur auteur auront véritablement cessé de se cacher.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Magaly Should Run, Pretty Cool, Please Don’t Cry In My Arms, My Queen (Ola), Coyote, The Call


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