Arm – ‘Codé’

Arm – ‘Codé’

Album / Yotanka / 11.10.2019
Chanson urbaine

Arm n’a jamais pu blairer le hip hop formaté pour les radios et le grand public. Déjà aux grandes heures de son projet Psykick Lyrikah, il optait pour une marginalité assumée en suivant la mouvance du rap alternatif du début des années 2000, que certains baptisaient également d’abstract hip hop. En se frottant alors à des artistes issus d’autres univers que le sien (Dominique A, Laetitia Sheriff ou Olivier Mellano pour ne citer qu’eux), le rennais n’a cessé de nourrir sa différence, de fuir les raccourcis engorgés du succès pour mieux affiner son art, comme pour préférer sa bonne conscience à son portefeuille. ‘Je suis justement quelqu’un parce que personne ne me calcule‘. C’est dans cette optique qu’il a choisi de ne jamais lâcher ce qu’il a de plus cher : les mots.

Dixième chapitre de son oeuvre tout entière, Codé est la preuve ultime que son auteur ne l’est pas. Bien au dessus des bonnes manières dictées par l’industrie, Arm écrit depuis longtemps maintenant ses propres règles, délimite lui-même son terrain de jeu, reste fidèle aux ambiances obscures, mélancoliques, presque pessimistes qui depuis toujours mettent en valeur ses textes. Et tant pis si l’écoute de sa musique chiffonne, trouble, ou déconcerte. Car à la différence des occupants de l’autre extrémité de son spectre, lui s’applique à rendre à l’Art sa vraie nature. Pousser à la réflexion, aux questionnements, amener son auditoire à se jeter aveuglément dans son oeuvre avec la confiance comme seule bouée de sauvetage, voilà les missions dont Arm s’habite tout au long de ce disque pensé comme une bande originale de film imaginaire.

Seul aux commandes de Collatéral jusqu’à L’Apparition des Masques, parfaits génériques de début et de fin, le breton a ainsi pu soigner, non seulement la cohésion, mais aussi la singularité de ce Codé qui fait exploser pour de bon ces chapelles au sein desquelles il n’est définitivement plus à l’aise. Arm creuse désormais son propre sillon jusqu’à incarner un genre nouveau, sorte de chanson urbaine brute, sans refrain ni beat parfois (Deux, Persona), à mille lieux donc de cette tendance actuelle qui voit pop et hip hop se renifler constamment le derrière, et serrer les fesses en pensant au qu’en dira t-on.

Je suis sur le bon chemin, celui que j’ai choisi’ dit il sur On A. Comme un rappel que la direction prise est souvent la bonne quand elle n’est pas choisie par défaut, qu’elle est assumée. De toute façon, tourner en rond n’a jamais été le délire d’ARM qui, sous la force tranquille de Codé, fait un nouveau pas de côté vers son propre univers, authentique et singulier, propice à s’en aller puiser cette énergie incommensurable dans les tréfonds de son art pour en éclabousser son monde. Tout le contraire de cet egotrip qui, quelque part, a fini par véroler le hip hop l’ayant vu naitre.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Collatéral, Deux, On A, Cap Gris, L’Apparition des Masques


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